Putsch judiciaire en Algérie

La justice, qui a statué en référé sur une requête de militants du FLN ayant contesté les résultats du 8 ème congrès tenu en mars 2003, a décidé de « geler toutes activités » du parti ainsi que « ses comptes bancaires jusqu’à ce que la situation soit mise en adaptation et en conformité avec la loi ». Le verdict prononcé par la Chambre administrative de la Cour d’Alger est susceptible d’appel devant le Conseil d’Etat, indiquent des sources judiciaires algériennes citées par les médias. Ali Benflis, rapportent des journaux algériens, a condamné ce qu’il a qualifié de « coup de force judiciaire » et de « pronunciamiento juridique ». Il a accusé le président Bouteflika, investi constitutionnellement de la mission de « gardien du respect de la loi et du libre exercice des droits et libertés institutionnels » de « mettre en péril la stabilité du pays pour assouvir ses appétits du pouvoir». Benflis a vertement tancé le président algérien soulignant qu’ « après avoir instrumentalisé l’administration puis l’argent public à des fins électoralistes », voilà qu’en « instrumentalisant certaines sphères judiciaires, Bouteflika s’arroge le droit de régenter la vie des partis politiques ». Benflis relève aussi que « l’arrêt rendu par la Chambre administrative se place en faux avec une décision de principe du Conseil d’Etat qui a délimité le champ de compétence du pouvoir judiciaire dans les litiges nés du fonctionnement interne des partis politiques ». Il a ainsi touché du doigt les graves dérives que la décision de geler les activités du FLN risque d’induire et qui dépassent de loin le simple devenir d’un parti. « Se taire face à de telles violences commises à l’encontre de l’Etat, des institutions et du peuple ne peut qu’être interprété comme un encouragement, par une complicité passive, aux desseins de celui qui veut annihiler définitivement les aspirations démocratique » de l’Algérie. En fait, cette affaire illustre la volonté du président Bouteflika de prendre le contrôle de l’appareil du FLN et de ses relais. L’échéance présidentielle d’avril 2004 pèse lourdement sur les timides ambitions novatrices et les velléités d’autonomie du FLN. L’ancien chef du gouvernement Ali Benflis, secrétaire général du parti, est soutenu par des décideurs militaires, et rien ne dit qu’ils ne réussiront pas à déjouer cette grande manoeuvre de Bouteflika. L’enjeu se révèle être, principalement, la prise de contrôle de l’appareil du parti et de ses relais. Le nombre d’adhérents au FLN est tenu secret. Par contre, le nombre des membres de ses associations satellites se compte par dizaines de milliers. Ses sympathisants se recrutent au sein de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), de l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA) et de la Coordination nationale des enfants de chouhada (pupilles de la nation, enfants de martyrs) dont le parti vient de prendre les commandes. À côté de ce vivier, il a ouvert ses portes aux «zaouias» (confréries religieuses traditionalistes) et il dispose également de partisans au sein du syndicat UGTA et de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM, anciens combattants). Ces troupes, politiquement peu disciplinées, seront battues en rappel lors des prochaines présidentielles. Ce sujet focalise l’intérêt des principaux rouages des appareils d’Etat, conscients de la nécessité de disposer d’un parti auréolé de ses dernières victoires électorales, pour asseoir la légitimité du pouvoir. Exception faite de la période animée par Abdelhamid Mehri (1989-1994), durant laquelle il possédait une réelle marge de manoeuvre, le FLN n’a jamais été autonome. La marginalisation de Benflis, qui a suivi l’exemple Mehri, aurait été méthodiquement verrouillée sous l’impulsion conjuguée de Larbi Belkheir (directeur de cabinet du président Bouteflika), de El Hadi Khediri (ancien patron de la police) et d’autres décideurs. Les enjeux réels échappent à une base militante moulée dans un rôle de faire-valoir, et trop occupée à se disputer une accréditation pour «aller à Alger» quémander des faveurs. Ali Benflis, qui définit sa tendance comme celle des véritables militants et celle de Bouteflika comme celle des « chargés de mission», ne se lasse pas d’indiquer que la prochaine échéance électorale est au centre de ces « basses manoeuvres ». « J’irai à cette élection, fort du soutien de mes concitoyens, déterminé à tourner la page de l’ère de l’ostracisme et de l’exercice monopolistique du pouvoir», déclare-t-il. Il va encore plus loin en affirmant que « le harcèlement dont nous sommes victimes et la décision rendue en notre défaveur nous confortent dans notre démarche et nous donnent plus de force et de détermination dans notre mission ». À travers ce discours, résolument inscrit dans une opposition farouche au président Bouteflika, Benflis annonce une pré-campagne présidentielle à la férocité inédite. Il n’a pas hésité à clamer qu’il a quitté le gouvernement au moment où il s’est rendu compte que cette « institution était en train de devenir un comité de soutien au président sortant ».

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