Putsch manqué en Mauritanie

Dimanche matin, des tirs et des déflagrations étaient encore entendus dans le centre de Nouakchott, la capitale mauritanienne. Selon des témoignages recueillis par l’AFP, la situation était toujours confuse, quelques blindés refusant notamment de se rendre aux forces loyalistes. Au terme de combats qui ont été déclenchés dans la nuit, aux environs de 1h45 locales (0h45 GMT) aux abords de l’état-major et de la présidence, le calme semblait malgré tout revenu. Au point que des représentants du pouvoir ont assuré que l’armée maîtrisait la situation et que tout danger était désormais écarté. Des sources officieuses ont par ailleurs déclaré que le président lui-même avait dirigé les opérations de « maîtrise » du putsch depuis son palais.
Reste que, dimanche matin encore, aucune explication officielle n’a été donnée sur les événements de la nuit, sur leurs auteurs, leurs commanditaires et les motivations de ce qui semble être une mutinerie. Aucun bilan des victimes ou des dégâts n’a non plus été fourni. Des sources hospitalières ont toutefois indiqué avoir reçu de nombreux blessés civils et militaires. Selon des témoins, les putschistes ont visé à plusieurs reprises la radio ou les émetteurs de la télévision nationale qui n’ont pas repris leur diffusion habituelle dimanche. Au moins un avion, apparemment aux mains des insurgés, a aussi été entendu survolant la capitale malgré les tirs de la défense anti-aérienne à son passage. Ces troubles n’ont par contre à aucun moment entraîné de coupure de l’électricité ou des liaisons téléphoniques nationales et internationales, toujours d’après des témoins.
Quant au « pourquoi » de ces événements, les observateurs étaient hésitants dimanche. Depuis son accession au pouvoir, en décembre 1984 à la faveur d’un coup d’Etat, réussi celui-là, le colonel Ould Taya est certes contesté par une partie de l’opinion et de la classe politique. Il semble cependant qu’il ait toujours réussi à contrôler de façon ferme son armée, en tout cas jusqu’aux événements de dimanche. Après sept années à la tête du pays, Mouaouiya Ould Sid’Ahmed Taya avait instauré le multipartisme en 1991, avant de remporter l’élection présidentielle de l’année suivante. Réélu en 1997 au terme d’un scrutin boycotté par l’opposition radicale, le colonel est actuellement de nouveau candidat à sa propre succession, lors de l’élection du 7 novembre prochain. Outre cette annonce faite officiellement le 12 mai, l’actualité mauritanienne a été ces dernières semaines marquée par un certain climat de tensions politiques et une série d’arrestations dans les milieux islamistes du pays. Trente-deux personnes ont même été inculpées le 3 juin dernier de « complot contre l’ordre constitutionnel, incitation à l’atteinte à la sécurité intérieure et extérieure et création d’organisations non autorisées ». Axés sur l’intensification de la lutte contre le terrorisme, les efforts de la présidence ont aussi récemment été menés vers le renforcement de ses relations avec l’Administration américaine, malgré la guerre en Irak, dénoncée par de nombreuses manifestations dans le pays. Le président est aussi devenu impopulaire à cause des bonnes relations qu’il cultive avec Israël, sans compter la brutalité des méthodes utilisées par son gouvernement dénoncées par les organisations des droits de l’Homme.

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