Quel procès pour Saddam ?

Quel procès pour Saddam ?

Au lendemain de la capture de Saddam Hussein, une hécatombe a eu lieu à Bagdad où un camion, ne transportant pas de carburant, mais bourré d’explosifs mis à feu, a explosé. Le nombre de morts est très élevé car le lieu choisi est très fréquenté. L’acte visait les civils. L’attentat intervient alors que de nouvelles manifestations en faveur de Saddam Hussein sont organisées un peu partout dans le triangle sunnite irakien. Pendant ce temps, le procès, tout comme les conditions de l’arrestation, de Saddam Hussein continuent de soulever des réactions et des prises de positions passionnées. Le déchaînement médiatique est à son comble. Saddam Hussein a été arrêté. Et voilà, journalistes, analystes et services de renseignements, tentent de raconter une histoire à laquelle ils n’ont pas participé. Les forces spéciales américaines, qui traquaient le président déchu, ont-elles été renseignées par un membre d’une famille proche de Saddam Hussein ? N’est-ce pas, comme cela a été dit, l’un des chefs des services de renseignement de l’UPK (l’Union patriotique du Kurdistan) qui a réussi à mettre la main sur l’ancien dictateur ? Le flou artistique entretenu sur les circonstances de la capture du président déchu en dit long sur la marge de manoeuvre dont disposent les Américains. Autre question: où se trouve actuellement Saddam Hussein ? Les décideurs américains ont laissé filtrer des images d’un homme hirsute, à la longue barbe, qu’on examinait comme devaient le faire les vendeurs d’esclaves dans le passé. Dentition, état de la langue, puis rasage. En un tournemain voilà présenté à l’opinion publique internationale le Saddam nouveau. Le Pentagone aime bien pratiquer l’humiliation. Dénoncer cette mise en scène n’excuse en rien les crimes de Saddam. Mais il faut se souvenir des cris d’orfraies poussés par la Maison Blanche et le Pentagone lorsque, pendant la guerre, la télévision irakienne a montré des images de prisonniers américains. « Et les conventions de Genève, alors ?  » tempêtait Donald Rumsfeld. N’empêche que George W. Bush a amélioré de six points sa cote de popularité après la capture de Saddam Hussein, actuellement interrogé par la CIA : il a démenti avoir des armes de destruction massive (ADM), a confié au magazine « Time » un responsable des services de renseignement américains.  » Non, bien sûr que non, a déclaré Saddam au sujet de l’existence d’un programme de fabrication d’armes de destruction massive. Les États-Unis les ont inventées pour avoir une raison de nous faire la guerre « , a-t-il dit. Saddam Hussein étant déchu, arrêté, se pose maintenant la question de son procès. Il sera le premier à comparaître devant la Cour spéciale irakienne chargée de juger les crimes contre l’humanité commis par l’ancien régime, si l’instruction est prête, a précisé Dara Nourreddine, membre du Conseil de gouvernement. Le procès commencera  » très tôt, dans les toutes prochaines semaines « , a dit Mouafak Al Rabii, un membre chiite du Conseil. Al Rabii a noté que les autorités d’occupation ont suspendu la peine de mort jusqu’à l’avènement d’un gouvernement souverain qui devrait voir le jour d’ici au 1er juillet, conformément à l’accord avec la coalition dirigée par les États-Unis.  » Nous aurons notre souveraineté au 30 juin et je peux vous dire qu’il pourrait être exécuté le 1er juillet « , a dit Al Rabii, pourtant un défenseur de longue date des droits de l’homme. Le président américain, lui, s’est carrément prononcé hier pour la condamnation à mort de l’ancien président irakien, alors que l’Union européenne a fait part de son souci d’un  » procès équitable, selon la loi « , tout en soulignant que le processus politique doit aller de l’avant,  » avec une participation populaire plus large « . Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a, pour sa part, plaidé pour que le peuple irakien décide du sort de Saddam Hussein, et souligné que son arrestation  » constituait l’issue définitive de l’ancien régime « . Reste la question majeure de savoir si « le procès de Saddam marquera le point de départ d’un nouvel Irak ou, au contraire, nourrira-t-il les haines et les vengeances ? C’est à l’aune de dispositions justes et humaines permettant également un travail de mémoire que seront regardés les nouveaux dirigeants du pays. Si la guérilla pro-Saddam peut encore faire parler d’elle, elle est très certainement affaiblie. Les autres groupes, nationalistes et islamistes doivent aussi choisir : continuer les actions armées ou intégrer le processus politique en cours. C’est, là encore, des décisions politiques d’importance qui marqueront l’avenir proche de l’Irak et la façon dont les occupants seront trraités.

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