Rachida Dati, Bruxelles comme purgatoire

Rachida Dati, Bruxelles comme purgatoire

Qu’est devenue la rayonnante et surexposée ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati ? Depuis quelques semaines, les accros aux frasques médiatiques de la garde des Sceaux sont en manque et tremblent presque de fébrilité. Après les avoir habitués à une overdose de la «Dati Story», les voilà condamnés à ronger leurs ongles et leurs frustrations tels des drogués qui attendent avec impatience la saison prochaine de leur show préféré. Avant de disparaître, Rachida Dati s’était livrée à un vrai feu d’artifice  terminé en beauté par un entretien confession avec Mireille Dumas, l’accoucheuse professionnelle des stars en fin de carrière, l’accompagnatrice des étoiles déchues vers le cimetière de l’anonymat, et un reportage photo intitulé «Dans l’intimité du clan Dati» sur les sulfureuses pages de VSD.
Ce forcing médiatique avait eu le don d’exciter l’ire de Nicolas Sarkozy. Les journalistes proches du château le décrivent comme supportant de moins en moins les exhibitions de plus en plus «sarkozystes» de Rachida Dati. Sentant sans aucun doute qu’une telle stratégie éloigne d’elle le gouffre dans lequel ses adversaires veulent la plonger, Rachida Dati fait feu de tout bois. Comme la fois où elle avait tenu absolument à enregistrer dans sa mairie du septième arrondissement le mariage civil de Jean d’Orléans, fils d’Henri, actuel comte de Paris, chef de la Maison de France et de Mlle Philomena de Tornos y Steinhart. Tout cela rien que pour le plaisir et l’opportunité de figurer sur la photo people de l’événement. Depuis quelques temps, alors que ses deux rivales de l’ouverture ethnique à la sauce Sarkozy, Rama Yade et Fadela Amara, occupent avec un bonheur non dissimulé les grands titres de l’actualité, Rachida Dati trouve quelques difficultés à exister. On la décrit comme en permanence sur le départ, en train de faire ses bagages, la date fatidique du mois de juin, sursis qu’elle aurait obtenu, à chaudes complaintes de Nicolas Sarkozy, approche à grands pas.
Dans son agenda de cette semaine, figure un voyage à Beyrouth. La présentation de l’AFP dans ses prévisions de ce déplacement est telle qu’il est permis de s’interroger s’il s’agissait d’une visite de travail ou d’un voyage d’agrément. L’heure est à la détente avant le grand départ. Nicolas Sarkozy avait imposé comme issue de secours à Rachida Dati, une seconde place dans la liste UMP Île-de-France pour les prochaines élections européennes. La ministre de la Justice l’avait refusée au début avant de s’incliner et d’accepter son exil. Et depuis, Rachida Dati n’a pas brillé ni par ses harangues aux électeurs ni par son assiduité aux meetings électoraux.  Elle vient même de faire des étincelles, mercredi soir, dans une réunion à laquelle tout le gotha UMP était convié. Arrivée une heure en retard après que Michel Barnier, tête de liste, et Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, aient quitté la salle, Rachida Dati s’est livrée au jeu des questions réponses avec les militants. Les enregistrements effectués par les reporters radio, et qui font déjà un énorme buzz sur la toile, montrent une Rachida Dati dans un total décalage avec les dossiers européens, préoccupations principales du Parlement dans lequel elle s’apprête à siéger.
Par exemple à la question: l’Europe s’occupe-t-elle trop des affaires nationales? Rachida Dati répond sur un ton de conversation de bistrot: «Elle s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper». Sur l’énergie elle dit entre deux fous rires «Alors je récite, 70% de notre énergie provient du nucléaire… c’est ça… non l’électricité… on m’avait dit énergie… et puis il faut quand même se mobiliser pour développer les éoliennes.. c’est ça…». Devant ses réponses hasardeuses, Rachida Dati avoue «On avait répété un peu pourtant». Rires gênés dans la salle et embarras devant autant de maîtrise des enjeux de l’Europe.
Rachida Dati donne l’impression de vouloir se venger de cette décision de l’envoyer au purgatoire européen. Nicolas Sarkozy, qui a pris la décision de lui imposer un tel destin, n’a pas fini d’entendre parler des bourdes volontaires ou simulées de celle qui considère comme une injustice et une vengeance son exil à Bruxelles.

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