Rachida Dati, une ministre sur un stand de tir

Rachida Dati, une ministre sur un stand de tir

Il ne serait pas exagéré de dire que Rachida Dati, ministre de la Justice, garde des Sceaux, entre dans une dangereuse zone de turbulence. Une ampoule rouge vient de s’allumer qui souligne, si besoin encore était, la fin de l’état de grâce. Après la longue parenthèse People où la ministre courait avec la même avidité, la couverture des magazines sur papier glacé et les hauts lieux de la «branchitude» parisiens, après l’émouvante séquence d’une mère courage qui, défiant certains codes structurés, s’est fait et assume «un enfant toute seule», voici venir la période des raisins de la colère où amertume et frustration d’un ministère, longtemps compassé, vont refaire surface avec une dangereuse violence. Il faut dire que depuis le début, Rachida Dati n’avait pas été accueillie qu’avec des roses venant prendre les rênes d’un ministère aussi emblématique que celui de la Justice. L’hémorragie répétitive qu’avait connue son cabinet était à mettre autant sur une incompatibilité d’humeur que sur un invisible choc de style. Puis était venu le long et douloureux épisode de la nouvelle carte judiciaire remaniée qui avait provoqué autant de rancunes que de pertes de tribunal.
Aujourd’hui, Rachida Dati affronte deux tempêtes qui, en se liguant dans l’opinion, font des ravages. Le premier est sa mésentente ouverte avec les magistrats. Après les lettres ouvertes, après les tribunes en colère, leurs syndicat pousse le vent de la rébellion jusqu’à descendre dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. Les deux syndicats de la magistrature (SM et USM) , pour une fois d’accord sur la stratégie à suivre avait fustigé Rachida Dati à la veille de cette journée de protestation nationale : «L’attitude de la garde des Sceaux tendant (…) à faire croire à l’opinion publique par la stratégie du bouc émissaire que les magistrats sont responsables de tous les dysfonctionnements réels ou supposés de l’autorité judiciaire, déstabilise profondément cette institution toute entière».
Cette manifestation intervient après que Rachida Dati, dans sa tentative de nouer le fil du dialogue avec les magistrats, eut subi un camouflet. En début de semaine, dans la cité judicaire de Metz, Rachida Dati fut accueillie par des dizaines de magistrats et d’avocats brandissant des pancartes avec un slogan unique: «Justice bafouée, démocratie en danger». En ligne de mire, la politique du tout répressif reprochée à Rachida Dati auquel elle oppose un argumentaire politique qui veut que la délinquance soit réprimée pour éviter les situations qui avaient permis au candidat de l’extrême droite d’arriver au second tour des présidentielles. L’humeur chargée des magistrats avait suscité ce commentaire de la garde des Sceaux : «J’entends leur malaise. Ils veulent être reconnus, ils veulent être absolument confortés dans leur indépendance».
Le second sujet de crise qui fait trembler les fondations du ministère de la Justice est le drame que vit le milieu carcéral avec ses suicides à répétition qui ont atteint le chiffre de 91 depuis le début de l’année. En cause, un manque de personnel dû à la politique de rigueur et une surpopulation des prisons. Au premier octobre, le nombre de prisonniers avait atteint le chiffre de 63.185 pour moins de 51.000 places. Devant cette situation, les syndicats des surveillants pénitentiaires appellent avec une unanimité inédite, à «un blocage total» des prisons à partir du 13 novembre prochain. Devant la gravité de ces deux crises, la grande interrogation, même si elle n’est pas dénuée d’arrière-pensée politicienne, revient sur le tapis : Et si Rachida Dati souffrait d’un mal que seul le temps peut guérir: sa jeunesse politique qui lui fait prendre les postures le plus aiguës. Alors que les plus méchantes langues susurrent sous le manteau le mot d’incompétence. Rachida Dati peut toujours arguer que presque l’ensemble du casting gouvernemental de Nicolas Sarkozy est dans ce cas de figure et qu’on lui cherche des poux dans la tignasse pour des raisons extrapolitiques. Mais cet argument, qui avait fait mouche dans la période «découverte et sensations fortes», n’est plus de mise aujourd’hui. L’heure des bilans politiques a sonné. L’odeur du remaniement devient de plus en plus forte.

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