Rama Yade, une gaffeuse professionnelle

Il paraît de plus en plus difficile pour Nicolas Sarkozy d’ignorer que quelque chose cloche lourdement dans son appareil diplomatique, que le Quai d’Orsay, cette maison prestigieuse chargée d’assurer le rayonnement et la crédibilité internationale de la France, est loin d’être bien tenue. Illustration de cette atmosphère de déliquescence, le dernier cafouillage sur le Tibet commis par la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme lorsque, avec une assurance absolue et une morgue de novice, elle avait énuméré les conditions qui doivent être remplies par les Chinois avant que Nicolas Sarkozy n’accepte de participer à la cérémonie des JO à Pékin l’été prochain. Conditions qui avaient  provoqué la stupeur tant leur réalisation semble difficile à atteindre : «la fin des violences contre la population et la libération des prisonniers politiques, la lumière sur les événements tibétains et l’ouverture du dialogue avec le dalaï-lama». 
Devant le tollé général d’une telle posture qui pousse vers la radicalité et l’impasse, Rama Yade s’est vite rétractée en niant avoir utilisé le mot «conditions». Le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner a été chargé de monter au créneau pour jouer les pompiers et les ajusteurs : «Il n’y a pas de condition à la position de la France. Ce serait vraiment torpiller une éventuelle participation au dialogue que de poser des conditions». Rama Yade était la grande absente lors de la visite de Nicolas Sarkozy en Chine en novembre dernier. Cette absence a été interprétée à l’époque comme un signe de réalisme politique de la part du nouveau locataire de l’Elysée,  pourtant chantre de la rupture et du changement. L’opposition socialiste n’a pas raté l’occasion de faire de la morale au gouvernement sur un sujet aussi sensible. Le Parti socialiste dégaine un communiqué dans lequel il critique «le manque de clarté de la politique du gouvernement vis-à-vis de la Chine (qui) affaiblit la voix de la France (…) De plus, le flou qui entoure la position de Nicolas Sarkozy et du gouvernement (…) est très préoccupant et n’est pas à la hauteur des enjeux».
Rama Yada, la jeune et fougueuse secrétaire d’Etat que Nicolas Sarkozy avait choisie pour illustrer la diversité de son gouvernement aux côtés de Rachida Dati et Fadéla Amara, n’est pas à sa première incartade, ni à sa première dénégation. Déjà lors de la visite contestée du colonel Mouammar Kadhafi, elle s’était fait remarquée par la violence de son propos. La France, selon elle, «n’était pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits».
Au delà de ses sorties non calibrées qui ravissent les journalistes et maintiennent en alerte les chancelleries, la question commence à se poser sur la cohérence des équipes qui façonnent le message diplomatique français. Sauf à penser que Nicolas Sarkozy, par cynisme ou pour insuffler un esprit d’émulation et de compétition, a décidé de composer ses équipes de manière à susciter les contradictions, force est de constater que le couple Bernard Kouchner-Rama Yade est loin de jouer une symphonie harmonieuse. Bien au contraire, la diplomatie de Paris prend les airs d’actions  irréfléchies et improvisées.
L’impression est donnée que les deux personnalités se confrontent ouvertement. La jeune Rama semble défier à tout instant l’autorité du vieux Bernard sous le regard presque amusé du château où l’activité diplomatique est conçue et mûrie par Jean David Levitte. Nicolas Sarkozy s’est depuis le début comporté avec les attitudes et prises de postion de Rama Yade comme un bienfaiteur se comporterait avec une enfant gâtée. Sa fougue, son jeune âge et son inexpérience expliquent sans doute une part de cette bienveillance de Nicolas Sarkozy. Son incapacité à remanier en profondeur et à sacrifier un des plus vivants symboles de l’ouverture et de la diversité est à l’origine du reste.
Rama Yade, qui a échoué à se faire élire à Colombes lors des dernières municipales, sait qu’elle est en train de jouer son va-tout. Sa présence dans un ministère aussi exposé que le Quai d’Orsay lui offre la possibilité de se tricoter une réputation et de se construire un personnage. En quelques mois de présence au gouvernement et de polémiques entretenues, elle réussit à creuser un sillon prometteur.

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