Raymond Domenech, l’homme qui adore qu’on le déteste

Raymond Domenech, l’homme qui adore qu’on le déteste

Si l’envie soudaine submerge un observateur politique de mettre dans un même cadre-photo les deux uniques personnages capables pour le moment de donner à l’ire française une overdose de testostérone et de défi, ces deux icônes seront Nicolas Sarkozy et Raymond Domenech. Le premier pour avoir déçu, de manière fracassante, les nombreuses promesses faites aux Français. Le second pour ne pas avoir su susciter des réels espoirs, alors que la France s’apprête à jouer ses gammes au sein du plus prestigieux tournoi du ballon rond, la Coupe du monde de l’Afrique du Sud. Raymond Domenech, l’entraîneur de l’équipe de France, a été depuis que le compte à rebours de cette Coupe du monde a commencé, ce fil tenu qui liait les Français à leur sélection nationale. Et incontestablement, il est seul responsable du désamour qu’elle provoque dans les chaumières enfumées et les bistrots alcoolisés. Depuis qu’un soir de juin 2008 alors que l’équipe de France subissait une bérézina en Suisse, Raymond Domenech profita de l’interview après match pour formuler l’extravagante demande en mariage à l’encontre de sa campagne, l’animatrice de télévision Estelle Denis, l’homme avait battu tous les records de bêtises. Cette gaffe monumentale configura l’image d’un personnage qui se plaît à faire de la surenchère face à ses contradicteurs et à installer une logique de défi qui avorte toute adhésion. Raymond Domenech, 75 matches comme sectionneur au compteur, joue à peine les personnages antipathiques. Un casque de cheveux blancs sur des sourcils au noir résistant, le regard hirsute d’un bucheron canadien, la voix caverneuse d’un alcoolique des pays froids, il s’est rendu célèbre avec ses appréciations d’après match totalement à côté de la plaque et ses commentaires surréalistes. Alors que son équipe livrait du mauvais jeu, sombrait dans la «loose» au fil des rencontres, seul Raymond Domenech trouvait de l’intelligence et des signes prometteurs à ses performances. Alors que la communauté des journalistes sportifs s’étranglait à pointer les défaillances d’une telle sélection, seul Raymond «la science infaillible» et la «certitude de rock» était satisfait, presque heureux de ce qui arrive. Au fil des mauvaises performances, de nombreuses voix s’étaient élevées pour exiger sa démission. Mais protégé par une sorte de baraka qui mélange les impératifs du calendrier et les indemnités colossales à verser en cas de rupture de contrat, il fut maintenu dans son poste. Ce qui a accentué chez lui cette envie de se faire détester davantage par la presse. Son dernier coup de défi et de mépris fut lorsqu’il décida de choisir la chaîne de télévision TF1 pour dévoiler la liste des heureux élus pour l’Afrique du Sud. Il transforma du coup l’ensemble d’une profession aussi passionnée que rancunière en simples spectateurs. Ses pirouettes d’acteur raté, ses maladresses d’enfant gâté ont fini par avoir raison de lui. Le gotha du foot français vient de lui infliger un spectaculaire désaveu en choisissant son successeur, Laurent Blanc, avant même que la Coupe du monde ne commence. Raymond Domenech sait que son avenir de sélectionneur de l’équipe de France est derrière lui. Il joue l’Afrique du Sud pour sa gloire personnelle. Une sortie précoce et c’est l’excommunication immédiate et sans appel. Un résultat honorable et c’est la réhabilitation d’une icône maudite.

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