Réquisitoire pour la Palestine et la paix

La session extraordinaire du Parlement palestinien représentait un rendez-vous politique majeur à plus d’un titre. Ce qu’Ariel Sharon avait bien compris puisqu’il s’était dans un premier temps opposé à la tenue de cette réunion, estimant qu’elle fournirait une légitimité de plus à Yasser Arafat. Finalement autorisée, cette session a par la suite été privée d’un certain nombres de députés. Douze d’entre eux se trouvant dans la bande de Ghaza se sont en effet vus interdire l’entrée en Cisjordanie, officiellement « pour des raisons de sécurité ». Pour protester contre cette nouvelle mesure répressive – et illégale -, 26 autres députés habitant dans le même secteur, eux munis d’un laissez-passer, n’ont pas fait le déplacement dans le QG en ruines de Ramallah. Tous ont suivi la réunion par vidéo-conférence. Cette volonté manifeste de la part des autorités israéliennes d’empêcher tout fonctionnement étatique palestinien n’a cependant pas empêché le président de l’Autorité de relever le défi. Il faut ajouter que cette session du Conseil était la première à Ramallah depuis le début de la seconde Intifada, il y a deux ans.
«J’aimerais vous dire que nous voulons conclure la paix avec vous. Nous voulons la sécurité et la stabilité pour nous et pour vous. Cette paix est toujours à venir». En s’adressant de la sorte à l’Etat hébreu, Yasser Arafat a prononcé un long réquisitoire pour la paix, soulignant que trop de sang avait été versé jusque-là. Il a aussi réaffirmé son hostilité aux attentats visant des civils. «Nous devons réitérer notre condamnation des attaques contre les civils israéliens ainsi que des attaques visant les civils palestiniens», a-t-il déclaré devant les parlementaires. «Après 50 ans de lutte et de souffrances sanglantes, c’est assez. Assez de lutte, assez de sang versé!». Un appel solennel que le leader palestinien a voulu associer au premier anniversaire des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Yasser Arafat a assuré les Américains de sa «solidarité antiterroriste dans le cadre de l’ONU et du droit international». Tout en accusant les Israéliens d’avoir utilisé ces attaques et la campagne qui les a suivies pour stigmatiser l’Intifada. Après le 11 septembre, Ariel Sharon avait en effet comparé Yasser Arafat à Ben Laden, et l’avait accusé de jouer « un rôle majeur dans le terrorisme international». La fermeté du peuple palestinien dépend de la «force de nos institutions et, avant tout, des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif – à moins que vous vouliez mettre quelqu’un d’autre à ma place !», a enfin répondu ce lundi, Yasser Arafat aux souhaits de l’administration américaine et du premier ministre israélien de le voir partir. Le président de l’Autorité autonome a dans le même temps confirmé l’organisation des élections présidentielle –auxquelles il se présentera -, législatives et communales en janvier 2003. Ce lundi, Ahmed Koureïa, considéré comme successeur potentiel de M. Arafat et l’un des principaux négociateurs dans des pourparlers de paix israélo-palestiniens, a pour sa part été réélu président du CLP. Connu sous le nom d’Abou Ala et à la tête de l’instance depuis sa première session en 1996, M. Koureïa et les parlementaires devaient entériner dans la journée la composition du nouveau gouvernement mis en place dans le cadre de réformes démocratiques et ce, malgré la réalité du terrain et la persistance des violences.
Dans la matinée, deux Palestiniens, que l’armée a considérés comme «suspects», ont été tués par des tirs de chars dans le sud de la bande de Ghaza. Dans le centre du territoire, des unités israéliennes ont aussi fait une incursion de trois heures jusqu’aux abords des camps des réfugiés de Bureij et Nuseirat, et dix Palestiniens ont été blessés. Au cours de cette opération, l’armée a confirmé avoir détruit la maison de Mahmoud Nachbet, un responsable local des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa. L’homme, qui n’était pas chez lui, est recherché par les services de sécurité pour «participation à des attaques anti-israéliennes». L’armée a enfin annoncé avoir détruit un bâtiment abritant un atelier métallurgique qui, selon elle, fabriquait «des armes et des munitions».

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