Retour de l’extrême droite israélienne

Retour de l’extrême droite israélienne

Prix Israël 2007, l’historien Zeev Sternhell, l’un des fondateurs du mouvement Shalom Akhshav, La Paix maintenant, a été la cible d’un attentat à la veille de Rosh Hashanah, la nouvelle année juive. Un engin piégé a explosé devant sa maison, le blessant légèrement et causant quelques dégâts matériels. L’intense émotion populaire suscitée par cet acte en Israël dépasse de très loin le caractère anodin des dommages causés au domicile de cet éminent chercheur en sciences politiques, connu pour ses condamnations très fermes de la colonisation juive en Cisjordanie. Les milieux sécuritaires israéliens craignent en effet que cet attentat ne signe la renaissance d’un mouvement terroriste juif analogue à celui qui s’était manifesté au début des années 80. Ce mouvement avait été le terreau sur lequel avaient prospéré différents militants extrémistes dont le plus tristement célèbre fut un jeune juif religieux, Yigal Amir, le meurtrier du Premier ministre Yitzhak Rabin en novembre 1995.
Pour les spécialistes de l’extrême droite nationaliste israélienne, le risque est grand de voir celle-ci connaître une nouvelle dérive du fait de sa radicale impuissance à se faire entendre dans le jeu politique. La multiplication des incidents entre les colons juifs de Cisjordanie et l’armée en serait l’un des indices les plus sérieux. Commandant de la région Centre, le jeune général Gadi Shamni, âgé de 40 ans, a accordé au quotidien libéral et pacifiste israélien Haaretz une interview dans laquelle il dénonce l’irresponsabilité des colons juifs. Selon Gadi Shamni, quelques petits groupes de militants radicaux échapperaient totalement au contrôle des dirigeants de Yesha, la façade officielle du mouvement des implantations. Ils seraient déterminés à commettre une série d’attentats contre des personnalités du camp de la paix israélien.
Pour les spécialistes, il faut y voir la conséquence de l’échec de l’extrême droite à peser sérieusement sur la vie politique israélienne. Les mouvements ultra-nationalistes avaient longtemps tablé sur la tenue d’élections législatives anticipées dont le chef du Likoud, Benyamin Netanyahou, était donné grand favori. Or, cette perspective semble s’estomper depuis la démission de Ehoud Olmert de ses fonctions de Premier ministre et la nomination, à la tête de Kadima, de Tzipi Livni, la très populaire ministre des Affaires étrangères. Contrairement à toute attente, celle-ci pourrait bien être en mesure de constituer, au lendemain des fêtes d’automne, un gouvernement disposant d’une solide majorité à la Knesset. Bien que soumise aux pressions contradictoires du Shass, du Parti travailliste et des faucons de Kadima réunis autour de Shaül Mofaz, Tzipi Livni n’a pas caché sa volonté de tout faire pour parvenir à un accord de paix avec l’Autorité palestinienne.
Cet accord présuppose la création d’un Etat palestinien ayant pour capitale la partie orientale (les quartiers musulman, chrétien et arménien) de Jérusalem et la rétrocession de la quasi-totalité de la Cisjordanie. Des blocs des principales implantations seront annexés en Israël moyennant différentes concessions territoriales. Ce schéma semble faire l’objet d’un quasi-consensus chez les membres de la future coalition même si le Shass entend chèrement monnayer les concessions qu’il pourrait être conduit à faire. Au Likoud, l’on se préoccupe moins de combattre le futur gouvernement que de préparer la succession de Benyamin Netanyahou si sa stratégie de maintien à tout prix dans l’opposition s’avérait être un échec.
Certains des habitants des implantations juives de Cisjordanie ont tiré les leçons des événements. Voilà trois ans qu’ils s’efforcent de présenter tout retrait israélien des territoires comme une catastrophe. Mais ils ne parviennent pas à susciter le moindre écho dans l’opinion publique israélienne.
Faute de perspectives politiques, leurs partisans les plus radicaux sont prêts à jouer la carte du pire et à se lancer dans une escalade de la violence particulièrement dangereuse. L’attentat contre le professeur Zeev Sterrnhell constituait de ce point de vue un avertissement que le gouvernement israélien prend très au sérieux. Car, la fois suivante, cette violence pourrait viser l’un de ses membres et non pas un simple intellectuel.

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