Retrouvailles franco-africaines

Même s’il a annoncé qu’il ne viendrait pas, en raison justement de la crise que traverse son pays, le président ivoirien devait occuper une place prépondérante dans les débats franco-africains. La Côte d’Ivoire, enlisée dans une crise politique-identitaire depuis plus de cinq mois, est d’ailleurs représentée par son premier ministre fraîchement nommé, Seydou Diarra, symbole des efforts diplomatiques français.
Ce Musulman du Nord a en effet été choisi pour «réconcilier» les Ivoiriens lors des Accords de Marcoussis signés le 24 janvier dernier, après dix jours de table ronde arbitrés par Paris. Il incarne cependant tout aussi la réussite que l’échec de la France en matière d’implication dans ce conflit puisqu’il n’a toujours pas formé le gouvernement d’Union nationale tant attendu. Une mission qui lui a été confiée et qui achoppe surtout sur l’entrée des rebelles dans l’exécutif, et encore plus sur les ministères de la Défense et l’Intérieur – que ces derniers réclament. Le MPCI, à l’origine du soulèvement du 19 septembre 2002, attend un déblocage du sommet franco-africain, Paris n’ayant cessé de réclamer l’application du plan de paix, paraphé par l’ONU mais remis en cause par le président Gbagbo et ses partisans.
Cette crise ivoirienne a en tout cas marqué le grand retour de la France sur le continent noir, après le sanglant échec du Rwanda en 1994 et son désengagement progressif pendant la période de cohabitation (1997-2002). Ce renouveau français était déjà était perceptible lorsque, en juillet dernier -soit deux mois après sa prise de fonction, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin avait choisi l’Afrique pour sa première grande sortie internationale. Dans le cas ivoirien, il s’est concrétisé par l’envoi de près de 3.000 soldats sur le terrain, pour assurer le cessez-le-feu, puis par l’organisation d’une table ronde et d’un sommet dans l’Hexagone. Mais il n’a pas réussi à sortir le pays de l’impasse. Axé sur le développement durable, le 22ème sommet ne manquera certainement pas de revenir sur ce dossier, notamment à l’occasion des thèmes programmés sur la paix et la sécurité. Deux questions qui ne sont pas seulement «ivoiro-ivoiriennes» puisque dans ce conflit, tout l’équilibre politique-économique de l’Ouest africain est déjà menacé. Et puisque près de la moitié des pays invités sont toujours touchés par un conflit.
Fébrile sur cette crise, la France n’a pas pour autant renoncé à ses ambitions sur le continent noir. Allant à contre-courant de la politique optée depuis plus d’un an par les Quinze, elle a même invité le président zimbabwéen ! Lequel, comme une quarantaine de ses proches, est interdit de séjour dans l’Union européenne. Celle-ci a par ailleurs appliqué des sanctions contre ce régime, taxé de violer les droits de l’homme et de mener son pays vers le chaos à travers une réforme agraire brutale. Empiétant sur une « chasse-gardée » britannique, l’ancienne puissance coloniale ayant tout fait pour isoler le Zimbabwe de la scène internationale, Paris n’a pas hésité ! Le ministère français des Affaires étrangères a demandé une dérogation, subi les foudres de la presse et de la classe politique outre-Manche, puis obtenu gain de cause le 5 février ! Et le Quai d’Orsay comme l’Elysée d’expliquer que l’UE devait maintenir «un contact» avec Robert Mugabe pour «garder la possibilité de rechercher une solution»… Outre ces deux dominantes, qui devraient aussi faire l’objet de discussions en coulisses, les représentants des 52 pays africains doivent étudier les contours du «nouveau partenariat». Précédée mercredi après-midi d’une réunion des ministres des Affaires étrangères, la Conférence des chefs d’Etat de France et d’Afrique doit en effet se pencher sur programme du NEPAD – le Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique –, lié aux questions de santé et d’éducation, à la gestion de l’eau et des ressources naturelles. La France s’est déjà engagée à augmenter son aide au développement à 0,7 % du PIB en 2012 – contre 0,39 % cette année. Elle devrait aussi oeuvrer pour que le continent noir soit une priorité pour le prochain G8 organisé à Evian en juin prochain.
Les débats devaient être lancés jeudi matin par le président Jacques Chirac et le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, pour un sommet de deux jours qui n’échappera certainement pas au contexte international actuel. On dit même que les responsables français porteront une attention particulière à leurs homologues angolais, camerounais et guinéen, trois pays-membres du Conseil de sécurité de l’ONU, et donc susceptibles d’être appelés à se prononcer sur le dossier irakien.

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