Révolte des soldats d’élite israéliens

L’Egypte s’efforce de favoriser un dialogue entre Israël et l’Autorité palestinienne en vue de mettre fin à la violence dans la région. Elle intervient aussi après le discours de Sharon jeudi au cours duquel il a annoncé qu’Israël redéploierait unilatéralement d’ici à quelques mois des colonies juives. Placé sur la défensive après « l’initiative de Genève», Sharon accouche de son propre projet de «paix». Il consisterait à imposer un plan unilatéral, moyennant un retrait de colonies sauvages ou réputées indéfendables dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie.. Un projet qui colporte l’annexion de facto d’une partie des territoires palestiniens occupés, et ceux se trouvant en deçà du « mur de l’apartheid ». Sharon espère ainsi mettre l’Autorité palestinienne sous pression en exigeant d’elle des mesures sécuritaires dont il sait parfaitement qu’elle est incapable de les tenir. Pendant ce temps, et après les forces terrestres et l’aviation, l’unité d’élite des commandos de l’état-major de l’armée israélienne était touchée hier par le phénomène du refus de servir dans les territoires palestiniens occupés. Quinze réservistes de cette unité d’élite de l’armée israélienne ont annoncé hier qu’ils refusaient désormais de mener des missions dans les territoires palestiniens, dans une lettre adressée au Premier ministre Ariel Sharon, a rapporté une télévision privée israélienne. Quinze réservistes de la «Sayeret Matcal », unité prestigieuse spécialisée dans les opérations de commando à l’extérieur d’Israël, ont affirmé qu’ils ne participeraient plus à « l’oppression » des Palestiniens ni à la défense des colonies juives dans les territoires, selon les termes de la lettre citée par la télévision. « Nous ne donnerons plus nos vies pour l’oppression dans les territoires et la négation des droits de l’homme de millions de Palestiniens, et nous ne servirons plus de boucliers aux implantations » juives dans ces territoires, ajoute la lettre. « Nous ne corromprons pas plus longtemps l’humanité en menant les missions d’une armée d’occupation (…). « Autrefois, nous avons combattu pour une cause juste, mais aujourd’hui, nous avons dépassé la limite de l’oppression d’un autre peuple », précisent les réservistes, expliquant qu’ils « ne franchiront plus cette limite ». Les observateurs s’interrogent sur les raisons pour lesquelles le phénomène du refus de servir dans les territoires s’amplifie. Unité légendaire de l’armée israélienne, la Sayeret Matcal, qui compte parmi ses anciens commandants l’ancien Premier ministre travailliste Ehud Barak, a notamment mené la libération de 106 passagers d’un avion retenus en otages à Entebbe en Ouganda en 1976. Cette lettre intervient trois mois après que 25 pilotes militaires israéliens eurent signé une pétition adressée au commandant en chef de l’armée de l’air israélienne dans laquelle ils affirmaient leur refus d’exécuter des missions dans les territoires palestiniens. Le 25 janvier 2002, 52 officiers et soldats du cadre de réserve de l’armée de terre avaient annoncé qu’ils refuseraient dorénavant de servir dans les territoires. « Nous ne continuerons pas à nous battre au-delà de la ligne verte, c’est-à-dire dans les territoires palestiniens, dans le but d’opprimer, d’expulser, d’affamer et d’humilier un peuple tout entier », avaient-ils écrit dans une pétition qui avait suscité une vive polémique en Israël. Leur pétition avait recueilli par la suite plusieurs centaines de signatures. Ariel Sharon se trouve aujourd’hui au pied du « mur de l’apartheid ». Son scénario, couplé avec l’existence de ce mur, a le mérite de confirmer qu’Israël n’accepte la création d’un Etat palestinien qu’à la condition que ce dernier ne soit pas viable. Le peuple palestinien se trouverait ainsi, de fait, relégué en situation d’apartheid dans un bantoustan. Le discours de Sharon est destiné aussi à reprendre la main dans une opinion israélienne lassée par la guerre et dont la confiance en Sharon ne cesse de diminuer.

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