Roselyne Bachelot, l’alerte à la fièvre toute en sourire

Sans verser dans un cynisme de mauvais augure, s’il y a un ministre qui semble tirer son épingle du jeu de la grande angoisse qui se saisit des Français face aux dangers de la grippe porcine, c’est bien la ministre de la Santé Roselyne Bachelot. Dès que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait lancé son avertissement de risque pandémique qu’une telle grippe originaire du Mexique peut provoquer, la ministre de la Santé de Nicolas Sarkozy, Roselyne Bachelot, n’a ménagé aucun effort pour occuper le terrain. Conférence de presse convoquée en urgence, émissions de télé et de radio improvisées en dernière minute et interviews accordées généreusement à la presse écrite. Le kit complet d’un plan média pour la ministre guettée par l’anonymat ou la disgrâce des mécontents.
L’urgence était d’autant plus indispensable que la ministre se saisissait des micros pour à la fois rassurer sur l’absence de risque d’épidémie en France et pour inciter à la plus impérieuse des prudences. La vox populi s’interrogeait alors dans les forums des médias : si la situation était à ce point sous contrôle, pourquoi tant d’insistance à la dramatisation ?
L’excitation de Roselyne Bachelot était à son comble quand, n’ayant aucun cas concret sur lequel communiquer, elle dut se substituer incidemment au ministère des Affaires étrangères et lancer des appels à la prudence que le Quai d’Orsay voulait discrets: «La consigne n’a pas encore été passée. Toutefois, je dis aux voyageurs qui n’ont pas des raisons impératives de se rendre au Mexique de décommander leur voyage, clairement».
Roselyne Bachelot était sans aucun doute échaudée par les expériences passées qui avaient montré l’incapacité des hommes politiques à être au rendez-vous des grands drames comme c’était le cas, pour ne citer que ces exemples célèbres de la crise du sang contaminé qui a presque plombé l’avenir politique du socialiste Laurent Fabius ou l’extraordinaire hécatombe provoquée par la canicule et qui avait fait passer le Premier ministre de l’époque Jean-Pierre Raffarin pour un incurable amateur.
Roselyne Bachelot ne pouvait souffrir de telles comparaisons. Cette crise sanitaire mondiale intervient alors que la ministre de la Santé traverse une dure période qui tombe extrêmement mal à la veille d’un remaniement annoncé. La grogne des hôpitaux, l’effervescence du personnel médical qui se mobilise pour contester la réforme Bachelot intitulée «Hôpital, patient, santé, territoires» sont de nature à affaiblir l’aura de la ministre de la Santé et éventuellement précipité sa disgrâce aux yeux de Nicolas Sarkozy.
Cette loi reprend presque en totalité les conclusions du rapport de Gérard Larcher sur l’hôpital. Gérard Larcher est devenu entre-temps président du Sénat. La grande hantise de Roselyne Bachelot est que son domaine de compétence ne connaisse pas l’inextricable impasse que vit l’université sous la houlette de la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pecresse. Roselyne Bachelot doit compter, dans son bras de fer avec les syndicats de la santé, avec l’activisme forcené de l’opposition dans ce domaine. Deux députés socialistes, Gérard Bapt et Jean-Marie Le Guen ont pris la tête de cette croisade anti-Bachelot avec des arguments qui visent directement Nicolas Sarkozy : «Le président de la République doit tenir compte de l’inquiétude légitime qui grandit dans tous les secteurs de la santé face à un texte qui ne résout ni les problèmes de l’hôpital, ni la question des déserts médicaux». Tandis que Jean-Marie Le Guen interpelle Roselyne Bachelot en des termes qui en disent long sur le malaise de l’hôpital français : «En ces temps d’urgence sanitaire, je demande à Roselyne Bachelot de ne pas condamner l’hôpital public à une logique purement financière». Roselyne Bachelot, avec son rire sonore, son sourire écarlate et son embonpoint reconnaissable, joue actuellement une partie très serrée qui peut influencer son avenir politique. Cette chiraquienne pur sucre, docteur en pharmacie, qui s’était attirée les grâces de Nicolas Sarkozy en demandant publiquement à Jacques Chirac de ne pas se présenter à un troisième mandat, est peut-être en train de manger les derniers morceaux de son pain blanc.

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