Roselyne Bachelot, une ministre dans la tourmente

Roselyne Bachelot, une ministre dans la tourmente

Depuis sa nomination à la tête d’un ministère chargé de la Santé et du Sport et bien avant qu’on lui adjoigne l’ex-sélectionneur de l’équipe de France de rugby Bernard Laporte, Roselyne Bachelot donnait déjà l’impression d’être de passage dans le gouvernement de François Fillon, de tenir la place au chaud avant l’arrivée d’un vrai ministre de la Santé en jouant les intérimaires. Et pendant de longs mois, Roselyne Bachelot avait plus brillé devant les caméras par ses tenues fushia et ses crocs rose tendance que par des déclarations fracassantes sur l’indispensable réforme des hôpitaux. Elle a été plus vue dans les tribunes VIP des stades de sport en train de s’initier aux joies collectives des foules en délires que visitant un hôpital ou une structure de soins en déficit structurel. C’est en tout cas l’image qu’elle a dû véhiculer malgré elle dans un casting gouvernemental fait de tempéraments forts et de caractères racés.
Roselyne Bachelot, ancienne figure parmi les rares survivantes du gouvernement Raffarin, dont la voix et les formes généreuses de ténor bien en chair sont reconnaissables entre mille, a le rire qui glousse facilement dénotant au moins d’un caractère sociable et bon vivant. Ses mimiques font le bonheur des chansonniers et de la satire politique. Elle a depuis de longs mois vécu dans un relatif climat politique de bienveillance. L’éternel trou de la sécurité sociale qui plombait tous les ministres de la Santé ne semblait pas avoir d’effet négatif sur son enthousiasme communicatif.
Mais depuis quelques semaines, Roselyne Bachelot semble rentrer dans un cercle virtuel de scoumoune qui risque de lui être fatal. Trois grandes affaires illustrent la tourmente dans laquelle se débat la ministre de la Santé. La première avait ému la France entière lorsqu’en pleine fête de Noël, une infirmière travaillant au célèbre hôpital Saint-Vincent de Paul a commis une erreur de perfusion et a provoqué la mort de Illyés un enfant de trois ans. L’infirmière vient d’etre mise en examen pour «homicide involontaire» et placée sous contrôle judicaire avec interdiction provisoire d’exercer. L’affaire du petit Illyés a été l’occasion pour une des voix les plus écoutées et les plus médiatisées du monde médical de pousser un grand coup de gueule et d’exiger la démission de Roselyne Bachelot : «C’est les lampistes à chaque fois qu’on met en avant (…) On veut bien travailler dans la difficulté, mais lorsque la ministre (…) nous accuse et ne prend pas, je dirais, les nuances sur la présomption d’innocence, ça commence à bien faire. Je crois que Roselyne Bachelot doit démissionner». La coordination nationale des infirmières demande elle aussi des comptes : «Si preuve est faite que l’infirmière n’est pas seule responsable, toute la chaîne des responsabilités devra être condamnée y compris celle de l’administration et cela au plus haut degré».
La seconde affaire qui fait scandale et qui rejaillit négativement sur Roselyne Bachelot concerne la fugue de deux patients qui se sont échappés de l’hôpital psychiatrique Edouard-Toulouse à Marseille. Roselyne Bachelot s’est sentie obligée de monter au créneau pour justifier cet état et éviter les conclusions hâtives : «On a d’un côté un détenu hospitalisé qui profite de cette hospitalisation pour faire une fugue, et de l’autre un malade déclaré irresponsable pénalement, reconnu comme dangereux, schizophrène, qui fait, dans le cadre d’une hospitalisation d’office, une fugue». La troisième affaire qui fait tache est le décès d’un homme de 56 ans en région parisienne, victime d’un malaise cardiaque et qui faute de place dans un service de réanimation d’urgence, a dû attendre pendant six heures, durée qui semble lui avoir été fatale.
Ses affaires affaiblissent davantage, Roselyne Bachelot alors que le Parlement s’apprête à examiner dans quelques semaines un projet de loi résumant la politique hospitalière du gouvernement intitulé «Hôpital, patients, santé , territoires». Sans oublier que ces scandales interviennent alors que Nicolas Sarkozy concocte dans le plus grand secret son remaniement gouvernemental dont l’annonce est prévue pour fin janvier. Roselyne Bachelot semble y perdre en crédit et en efficacité.

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