Saddam capturé, la violence continue

Saddam capturé, la violence continue

Les Etats-Unis ont soigneusement soupesé la nature des images diffusées sur la capture de Saddam Hussein, voulant, selon un haut responsable du Pentagone, prouver au peuple irakien et au reste du monde qu’ils avaient bien arrêté le président déchu mais sans contrevenir à ses droits de prisonnier de guerre. Pour l’heure, le statut de prisonnier politique de l’ex-président irakien a été confirmé. Il est donc théoriquement protégé par la Convention de Genève. L’article 13 de cette convention sur les prisonniers de guerre stipule notamment qu’ils « doivent être traités en tout temps avec humanité » et qu’ils doivent « être protégés en tout temps notamment contre tout acte de violence ou d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique ». Enfin, selon l’article 14 « les prisonniers de guerre ont droit en toutes circonstances au respect de leur personne et de leur honneur ». Dans la pratique, le CICR recommande qu’aucun film ou photographie ne soit publié qui pourrait donner du prisonnier une image dégradante ou qui permettrait de l’identifier. Les images diffusées par l’armée américaine montrent un Saddam Hussein hirsute à la longue barbe poivre et sel et un regard souvent perdu dans le vide. Un medecin-soldat, les mains protégées par des gants de latex, lui examine le cuir chevelu caché sous une masse de cheveux et examine sa bouche grande ouverte à l’aide d’une languette et d’une mini lampe de poche. Une photo a été diffusée ensuite montrant l’ancien président irakien rasé mais arborant toutefois sa moustache. Beaucoup de monde a été choqué par ces images jugées humiliantes, à l’instar des images des dépouilles des deux fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, tués en juillet dans un raid de l’armée américaine qui avaient suscité la critique. Les photos des corps mutilés et les visages, qui ont dû subir de la chirurgie plastique pour être reconnaissables, ont été largement diffusées sur toutes les chaînes de télévision du monde. L’armée américaine voulait ainsi convaincre des Irakiens sceptiques. En revanche, aucune image de l’opération qui a mené à la capture de Saddam Hussein n’a été montrée, si ce n’est quelques plans du trou dans lequel il a été trouvé. Il semble que c’est un Irakien fait prisonnier ces derniers jours qui ait donné aux Américains des informations qui se seraient révélées déterminantes pour la capture de Saddam Hussein. Ce prisonnier aurait donné une indication qui les a conduits à l’endroit ou se terrait le président déchu. L’armée et les services de renseignement américains étaient lancés dans une « opération analytique destinée à essayer d’identifier, parmi les anciens gardes du corps et autres partisans de Saddam,ceux qui pouvaient être à même de l’aider à se cacher », a précisé un haut responsable américain. Les forces américaines ont été chargées de retrouver prioritairement des proches de Saddam Hussein qui avaient été identifiés. « Ce n’étaient pas des dignitaires de l’ex-régime », a indiqué le responsable. « Certains d’entre eux n’ont pas pu être trouvés, mais ils ont pu mettre la main sur certains de leurs parents ou sur des gens qui les connaissaient et, au fur et à mesure qu’ils arrêtaient ces personnes, ils les interrogeaient et leur demandaient des détailles pur localiser le fugitif. C’est comme ça qu’ils n’ont cessé de se rapprocher du cercle des intimes de Saddam », a-t-il dit. « Au cours des derniers jours, ils ont pris quelqu’un qui leur a indiqué de nouvelle caches possibles, ce qui leur a permis d’obtenir d’autres informations et les a conduits à d’autres personnes, et de nouveaux endroits, avant d’aboutir à celui où se cachait Saddam Hussein. Un sénateur américain, membre de la Commission du renseignement, a déclaré que l’ex-président irakien avait faillé être arrêté à deux reprises. L’opération de capture a été baptisée « l’aube rouge », du nom d’un film de 1984 racontant l’invasion d’une ville américaine par des parachutistes soviétiques et cubains. Ce film est devenu un film culte pour l’extrême droite américaine et à tous les opposants à tout contrôle d’armes aux Etats-Unis. Loin des symboles, il faut se rappeler qu’avant d’être diabolisé par l’Occident, Saddam Hussein a longtemps bénéficié de son soutien. Par deux fois, les bombes américaines avaient cherché à le tuer. Il en réchappa, s’enfuit, se cacha et fut pris. Mais, il aura le temps, à partir de ses caches, d’exporter quelques messages écrits ou enregistrés appelant les Irakiens à chasses les occupants. Par fidélité conviction ou patriotisme, ses appels sont suivis par un nombre grandissant de militants qui oeuvrent, souvent avec succès, à rendre la vie dure aux Américains et à leurs alliés. Depuis le week-end, Saddam Hussein ne pourra plus les inspirer. Les envahisseurs l’ont capturé, au grand désespoir de nombreux Irakiens, Arabes et Musulmans dont le rêve de revanche est brisé.

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