Saddam poursuit son show

Saddam poursuit son show

Saddam Hussein, le président irakien déchu, n’arrêtera pas de nous étonner. Lors de la sixième audience de son procès, l’ancien dictateur a demandé une pause pour…prier. S’étant vu refuser une interruption de séance, il s’est tourné en direction de La Mecque et a prié, dans son fauteuil, pendant près de dix minutes. No comment !
C’est hier, mercredi 21 décembre 2005, que ce procès a repris après deux semaines d’interruption. Saddam Hussein, qui avait menacé de ne plus se présenter à la cour dénonçant un tribunal "injuste", s’est montré beaucoup plus calme à la réouverture du procès, a écrit un journaliste de l’agence AP.
Vêtu d’une chemise bleue et d’un costume gris foncé, il a salué la cour par un traditionnel «Salam Alikoum». Puis, il a tranquillement pris place sur le banc des accusés et semblait être attentif à l’audience, prenant même des notes de temps à autre, témoigne les agences de presse. Lors de cette audience, un témoin à charge, Ali Hassan Mohammed al-Haïdari, 37 ans, a raconté dans les détails la répression dont ont été victimes les habitants de Doujaïl. «J’ai entendu un membre des services de sécurité dire : nous ne laisserons aucun chiite vivant à Doujaïl», a-t-il déclaré. «Toute ma famille a été emmenée par les hommes du Moukhabarat (services secrets), après avoir perquisitionné notre maison, où ils ont trouvé un fusil de chasse», a raconté M.Haïdari, qui avait 14 ans au moment des faits. Il affirmé que sept de ses frères avaient été «exécutés» et qu’il n’a su leur mort qu’après la chute de Saddam Hussein. «Nous n’avons jamais vu les corps et nous ne savons même pas s’ils ont des tombes», a-t-il ajouté.
Il a décrit la situation au siège du parti Baas à Doujaïl, où les suspects étaient rassemblés, comme une scène de «fin du monde» et affirmé avoir vu de ses propres yeux plusieurs cadavres dans un couloir. À Bagdad, les suspects ont été entassés les uns sur les autres, selon lui, dans un local des services de renseignement. «Le plus âgé avait 90 ans et le plus jeune neuf ou dix ans», a souligné le témoin. «Je ne peux pas décrire les tortures que nous avions subies. On emmenait l’un de nous debout et il revenait dans un drap, dégoulinant de sang». Selon lui, Barzan Tikriti, demi-frère de Saddam Hussein qui dirigeait alors les services de renseignement, était présent sur les lieux. D’abord attentif à la déposition, Saddam Hussein s’est vite plongé dans ses notes.
Un de ses avocats, l’ancien ministre de la Justice du Qatar, Nagib al-Nouaïmi, qui affirme avoir été menacé de mort en arrivant à l’aéroport de Bagdad mardi, a soulevé à nouveau la question de la protection des membres de la défense à l’ouverture de l’audience.
«Du point de vue de la sécurité, nous ne pouvons pas continuer (à assister nos clients) sans garanties», a expliqué l’avocat, dont deux confrères irakiens ont été assassinés depuis le début du procès, le 19 octobre. Le procès a repris après la pause des législatives, dont les résultats définitifs ne seront pas connus avant le mois de janvier. Selon les résultats partiels annoncés par la commission électorale, la coalition chiite conservatrice, grand gagnante des élections générales de janvier dernier, arrive largement en tête du scrutin organisé jeudi dernier.
Ces résultats ont provoqué la colère des Arabes sunnites qui ont participé avec force à la consultation mais qui ont dénoncé de nombreuses fraudes, tout comme la liste laïque conduite par l’ancien Premier ministre, Iyad Allaoui.

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