Sarkozy a un problème nommé Hortefeux

Sarkozy a un problème nommé Hortefeux

C’est sans aucun doute une des lapalissades à laquelle la logique politique résiste le mieux. Que Nicolas Sarkozy ait un vrai problème avec le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux depuis que ce dernier a été condamné par la justice pour injures raciales. L’épisode est encore frais dans les mémoires lorsque le ministre de l’Intérieur, endimanché, se lâche imprudemment sur les «Arabes». Une militante présentait au ministre le jeune Amine, d’origine arabe en affirmant qu’il mangeait du cochon et buvait de la bière. Ce à quoi le ministre avait répondu : «Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype». Puis il ajouta la phrase qui tue: «Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes». Englué dans une violente polémique, Brice Hortefeux n’avait trouvé comme seule stratégie de défense que d’affirmer qu’il ne visait pas les Arabes mais «les Auvergnats». Ce qui avait le don de déclencher un grand éclat de rire et d’enfoncer davantage le ministre de l’Intérieur. A l’époque déjà, Nicolas Sarkozy et l’ensemble du gouvernement se sont mobilisés comme un seul homme pour tenter de sauver le soldat Brice. Sur le thème interrogatif à souhait : «Brice Hortefeux, raciste ?» Jamais de la vie. Inimaginable. La majorité tentait de vendre l’hypothèse selon laquelle l’opposition, à court d’idées et de propositions, tente d’affaiblir le président de la République, en s’en prenant à ses ministres et à ses amis. Jusqu’à ce que la décision de la justice tombe comme un couperet. Brice Hortefeux écope d’une amende contraventionnel de 750 euros pour injure raciale. Situation absolument inédite qu’un ministre de l’Intérieur en exercice puisse être condamné pour de tels faits, extrêmement graves au regard de la morale politique et de la hauteur attribuée à la fonction. L’opposition socialiste s’est saisie de cette affaire comme du pain béni. Elle demande à Brice Hortefeux de présenter des excuses et de quitter le gouvernement. La majorité a répondu en faisant bloc de nouveau autour de Brice Hortefeux avec un seul élément de langage produit par Xavier Bertrand le numéro un de l’UMP, le parti du président : Brice Hortefeux, «il est tout sauf raciste». Aujourd’hui, la donne a changé. Accuser l’opposition de gonfler volontairement une affaire pour mieux l’exploiter politiquement est une chose. Contester une décision de justice en est largement une autre. Nicolas Sarkozy se trouve dans une impasse et sous pression.Et la question qui s’impose aux esprits : Comment le champion d’une République irréprochable, l’homme qui impose à ses ministres de démissionner s’ils sont désavoués par une élection, peut convaincre ses ouailles de garder dans son gouvernement un ministre entaché par une condamnation pour injure raciste ? Le tempérament combatif de Nicolas Sarkozy, l’intime relation qui le lie à Brice Hortefeux, l’empêcheront sans doute de changer sur le champ de ministre de l’Intérieur. Mais il sait mieux que quiconque que garder longtemps cette épine dans le pied affaiblit et Brice Hortefeux dans l’exercice de ses fonctions et Nicolas Sarkozy dans sa nouvelle stratégie de reconquête de l’opinion. Si le départ n’est pas pour tout de suite, tout le monde semble persuadé que les jours de Brice Hortefeux à la place Beauvau sont comptés.

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