Sarkozy brandit la carte de l’égalité des chances

Alors que ses icones de la diversité politique commencent à battre de l’aile, Rama Yade aux Droits de l’Homme bousculée sans élégance par son ministre de tutelle Bernard Kouchner, Rachida Dati à la Justice quotidiennement houspillée par les magistrats, Fadela Amara à la Banlieue asphyxiée par la lenteur du Plan Espoir pour donner des couleurs aux quartiers difficiles…C’est ce moment précis que choisit Nicolas Sarkozy pour effectuer son grand retour sur la scène domestique après sa grande cavalcade planétaire pour sauver le capitalisme mondial.
Nicolas Sarkozy a choisi un angle d’approche original, susceptible de faire débat, celui de la diversité et de l’égalité des chances. Le chantre de «la discrimination positive» affirme sa détermination à faire bouger les lignes là où le confortable conservatisme les gèle. Avec cette profession de foi que ne renierait pas les plus intraitable de ses opposants : «C’est en rétablissant l’égalité des chances que la République fera circuler ses élites. C’est en rétablissant l’égalité des chances qu’elle fera droit à la diversité. C’est en rétablissant l’égalité des chances qu’elle viendra à bout de la tentation communautariste». Nicolas Sarkozy a identifié deux grands canaux à travers lesquels il est possible de huiler l’ascenceur social. L’éducation avec un accent particulier sur une ouverture maximale et souvent volontaire à travers des bourses des grandes écoles aux enfants des quartiers dits difficiles et le monde de l’entreprise où il est question de généraliser la pratiqué du CV anonyme et de créer un label «diversité» pour mieux contrôler et encadrer ces pratiques.
La nouvelle figure qui doit porter ce projet s’appelle Yazid Sabeg, un homme d’affaires de 58 ans d’origine algérienne. Il vient d’être désigné par Nicolas Sarkozy «Commissaire à la diversité et à l’égalité de des chances». S’inspirant de l’effet Obama, Yazid Sabeg a récemment rédigé «un manifeste pour l’égalité réelle».
Yazid Sabeg marche sur les traces d’un autre Français d’origine algérienne, l’écrivain et universitaire Azouz Begag qui avait été chargé de «l’Egalite des chances» dans le gouvernement de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Entre Nicolas Sarkozy et Azouz Begag, auteur aux éditions Fayard d’un brûlot intitulé «Un mouton noir dans la baignoire», les relations tendues et explosives ont frôlé le pugilat.
Nicolas Sarkozy a profité de son grand discours sur la diversité pour tacler sans délicatesse Fadela Amara chargée de mettre en pratique le plan «Espoir Banlieue» : «Je vois que des ambitions ont été fortement réduites (…) Dans le dos des plus hautes autorités de l’Etat, on s’ingénie à réduire les ambitions qui ont été fixées (..) J’ai mis 18 mois pour m’en apercevoir mais je ne l’accepte pas». Fadela Amara n’eut d’autres bouées de sauvetage que de joindre sa voix à la curée dénonciatrice : «Moi aussi, je dis que ça ne va pas assez vite (…) Entre le discours politique, les décisions qui sont prises et les rouages administratifs, nous avons une certaine élite qui a pris de mauvaises habitudes qui font qu’un certain conservatisme existe». Dans le sillage des recommandations de la commission Veil de ne pas inscrire la discrimination positive dans le préambule de la constitution, Nicolas Sarkozy abandonne cette idée en rase campagne à la grande joie des certains députés de sa majorité comme l’original Jacques Myard qui affirme que : «La discrimination positive n’est pas de nature à faciliter l’intégration, bien au contraire, elle contribuerait à renforcer le communautarisme et à affaiblir notre vouloir vivre-ensemble, quelle que soit l’origine de chacun».
Le Parti socialiste avait subi de plein fouet le discours et les maneuvres de Nicolas Sarkozy sur le diversité. Une tentative de débaucher Malek Boutih, social annuel de ses actions, sur le sujet et un «label diversité» sera créé pour valoriser les meilleures pratiques.
Au passage, le chef de l’Etat a laissé entendre que la mise en œuvre de mesures favorables à la lutte contre la discrimination pourrait être un des critères pris en compte dans les appels d’offres pour les marchés publics. Quant à l’Etat, il a indiqué qu’il devait être «exemplaire» dans la nomination de hauts fonctionnaires. Si l’UMP a salué ces annonces, Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, a estimé que ce discours relevait «de la com, du saupoudrage et de la récupération flagrante d’un pseudo-effet Obama au profit d’une politique qui accroît les inégalités entre les riches et les pauvres».

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