Sarkozy cède sous la contrainte des affaires

Sarkozy cède sous la contrainte des affaires

On croyait Nicolas Sarkozy solide comme un roc, ferme comme un général discipliné, voire têtu comme un militant passionné. Depuis le déclenchement des affaires au sein de son équipe gouvernementale, il s’était distingué par une défense sans équivoque de ses collaborateurs, fermant lourdement les yeux sur les excès, attribuant le grossissement de leurs malheurs à une opposition aux abois qui cherche à l’atteindre en s’attaquant à ses ministres. Dans son code de conduite, Nicolas Sarkozy donnait cette nette impression de ne pas vouloir subir le dictat des médias selon une sacro-sainte règle inventée pour la circonstance : un ministre, même violemment attaqué n’est pas forcément un mauvais ministre. Il y allait de la crédibilité de l’image du père protecteur, voire du chef de meute dont la troupe a besoin de sentir qu’il ne cédera pas à la moindre bourrasque. Résultat de ce bras de fer politique et psychologique, malgré les pressantes demandes et les urgentes nécessités, Nicolas Sarkozy avait décidé que le remaniement ministériel aura lieu à la date qu’il aura choisie et avec le tempo qu’il aura imprimé, c’est-à-dire en octobre prochain. Les nombreux membres de gouvernement qui traînaient de nombreuses casseroles et qui se sont comportés de manière à la fois légère et gourmande avec l’argent des contribuables étaient assurés de passer encore un été sous les lambris dorés de la République. Mais ce que Nicolas Sarkozy n’avait sans doute pas prévu c’est ce gros grain de sable venu dérailler ses grandes certitudes. Et c’est l’affaire Eric Woerth, le ministre du Travail, accusé par la presse d’un flagrant conflit d’intérêt entre sa casquette de ministre du Budget, de collecteur de fonds pour l’UMP, le parti présidentiel et sa proximité coupable, via son épouse Florence, avec la plus grande fortune de France accusée elle aussi d’évasion fiscale. Le feuilleton Woerth et ses révélations successives de plus en plus embarrassantes, ont provoqué une telle pression sur Nicolas Sarkozy qu’il ne pouvait attendre tranquillement le mois d’octobre pour espérer changer la physionomie de son exécutif. D’où le coup du double lapin magique qu’il vient de sortir de son chapeau en poussant à la démission deux secrétaires d’Etat. Le premier, Alain Joyandet à la Coopération, accusé d’avoir abusé de l’argent public pour son transport privé et d’avoir falsifié un permis de construire pour agrandir sa villa sur un terrain protégé et non constructible. Le second Christian Blanc, au Grand Paris, accusé d’avoir dépensé en quelques semaines 12.000 euros, d’argent public, de frais de cigares cubains. Leur démission pose plus de questions qu’elle n’en résoud de problèmes. En plus de remettre en cause de manière spectaculaire le calendrier du remaniement gouvernemental calé sur un agenda social bien précis, le sacrifice d’Alain Joyandet et de Christian Blanc a été interprété par l’opposition, de droite comme de gauche, comme une manière de tenter de détourner l’attention et de sauver le soldat Eric empêtré jusqu’au coup dans l’affaire des faveurs fiscales faites à Liliane Bettencourt. Nicolas Sarkozy élève ainsi un rideau de fumée, lance une opération de diversion, donne un os à ronger à ses adversaires, avec le secret espoir qu’il pourra passer un été tranquille et préparer le grand remaniement d’octobre.

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