Sarkozy en entreprise de séduction à Washington

C’est un Sarkozy dopé à l’air américain qui s’est adressé aux étudiants de la célèbre université new-yorkaise Columbia. Non seulement il s’est permis d’improviser son discours, mais pour ceux qui l’auraient vite oublié, il s’est permis de leur rappeler sa stature qu’il a fait scintiller par une vocation de sauveur du capitalisme mondial. Deux idées principales étaient lancées à cette audience acquise d’avance. La première est que la crise financière mondiale n’a été jugulée que grâce aux précieuses régulations qu’il a préconisées. Avec cette grande morale exhibée comme un slogan de campagne : Il faut privilégier le capitalisme de production, le bien angélique, au capitalisme de spéculation, le mal presque absolu.La seconde est qu’il est grand temps de changer la gouvernance mondiale. Sur le thème : Vous ne pouvez pas imposer au trois quart de l’Humanité des décisions prises par le club très fermé et très select des membres du Conseil de sécurité. Sur ces thèmes, le président français a su conjuguer toute sa compétence oratoire. Mais en parlant aux étudiants et aux intellectuels, Nicolas Sarkozy donnait cette vague impression que par ses pirouettes verbales, ses postures de premier créateur de la classe, il ne visait qu’à séduire qu’une seule personne, Barack Obama, himself. La presse, française et américaine, s’est donnée à cœur joie de rappeler les tentatives de connexions ratées entre les deux hommes, les petites jalousies entre amis. La sécheresse de leurs relations était abondamment décrites, souvent avec une délectation sadique, comme le nouveau grand feuilleton des relations internationales. Nicolas Sarkozy était dépeint, tapis dans sa solitude à l’Elysée, en train de scruter tout ce qu’entreprend le nouveau héros de l’Amérique et d’établir précipitamment une échelle comparative. Souvent à son avantage. Il faut dire que le fossé qui sépare les deux hommes devait donc être si béant pour que la délégation française accroche comme un trophée de victoire une invitation à dîner dans les appartements privés des Obama à la Maison-Blanche mardi soir. Le protocole insistait sur la rareté du geste pour mieux souligner sa profondeur. Nicolas Sarkozy qui n’a jamais caché son envie de jouer auprès du nouveau maître de l’Amérique le même rôle que jouait un Tony Blair auprès de Georges Bush, pourra se consoler en lisant un papier fouillé dans le journal « The Christian Science Monitor» intitulé «For Obama, no buddies abroad» , qu’on peut traduire grossièrement par «Pour Obama, pas de copains à l’étranger». Le journal explique que Barack Obama n’a pas de véritable ami ou confident sur le plan international. L’homme semble plus attiré par la déclamation des discours en public que par les confidences murmurées dans l’oreille d’un chef d’État ami, au coin du feu ou autour d’un barbecue. Les deux hommes, français et américain, qui se sont rencontrés mardi, vivaient une étrange fortune croisée. Tandis que Nicolas Sarkozy sortait d’une séquence politique cauchemardesque qu’ont souligné les actions régionales et la méchante humeur de sa famille politique, Barack Obama venait de sortir du goulot par deux succès politiques d’une grande valeur. Le premier, en interne, est le vote de la couverture maladie. Le second, en externe, est la signature, avec la Russie, d’un traité sur le nucléaire.

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