Ségolène Royal, l’icône apaisée du PS

Ségolène Royal, l’icône apaisée du PS

Si les socialistes français peuvent se targuer, ne serait-ce que provisoirement, d’avoir trouvé en leur première secrétaire Martine Aubry une patronne capable d’opérer les reculs nécessaires pour éviter les ruptures, de reconnaître indirectement les erreurs pour conjurer les confrontations, cela ne s’est pas fait au détriment de sa rivale de toujours, Ségolène Royal.
En effet l’ex-candidate malheureuse des socialistes à la présidentielle avait tous les ingrédients pour disparaître du radar de la politique. Ses plus proches soutiens comme Manuel Valls, François Rebsamen et Jean-Noel Guérini dont elle se parait comme des armes de guerre et de conquête ont pris leurs distances. Même Vincent Peillon qui dirige la motion « Espoir à gauche », issu du courant Royal, qui avait failli rafler la mise lors du dernier congrès de Reims, se permet d’organiser une grande réunion politique à Marseille sans penser l’inviter. Le constat de sa solitude politique était si évident que la question de savoir qui oserait s’afficher avec Ségolène Royal gagnait de la pertinence. Pendant ce temps, Ségolène Royal cultivait ses amours sur papier glacé avec l’éditeur des jeux de société André Hadjez.
Et quand ses adversaires éternels comme ses amis d’une saison ont donné l’impression de l’avoir enterrée, la voilà qui rejaillit sur les écrans de télévision, le sourire plastique et la beauté resplendissante et finement travaillée. Mais Ségolène Royal n’occupa pas la scène grâce uniquement à son look de starlette mais à cause de ses prises de position originales sur deux brûlants sujets de l’actualité.
Le premier est celui de la taxe carbone qui agite l’ensemble du gouvernement. Ségolène Royal fut l’une des responsables socialistes à exprimer l’opposition la plus frontale, la plus radicale à cette taxe. Elle lance au Premier ministre François Fillon qui donne des signes de recul sur cette taxe en affirmant qu’elle n’entraînerait pas de hausse des prélèvements obligatoires, cette harangue : «ça bouge. Encore un effort Monsieur Fillon et bientôt vous renoncerez peut-être à cette taxe inefficace écologiquement et qui prend du pouvoir d’achat aux Français». En menant une croisade sans répit contre la taxe carbone que Nicolas Sarkozy présente comme une des traitements aux dégâts écologiques, Ségolène Royal cabre les Verts qui viennent, pourtant, de réaliser une belle performance électorale aux dernières européennes. Connaissant le volcan d’ambitions qui les travaille à la veille des régionales, elle se permet même de les taquiner en faisant bouger un chiffon rouge : «Je me demande si finalement, compte tenu de tout ce que j’entends, je ne serais pas la meilleure candidate écologiste à l’élection présidentielle».
L’autre sujet sur lequel Ségolène Royal a incontestablement marqué des points est celui du non cumul des mandats. Alors que ce débat anime la gauche et excite la droite comme une grande thérapie pour tenter de réconcilier les Français avec la politique, Ségolène Royal peut avancer, sans risque de fanfaronnade, qu’elle a été précurseur dans le domaine en décidant de ne pas cumuler un mandat de député à sa portée avec le fonction de présidente du conseil régional Poitou-Charentes. A la religion du non cumul, en plus des socialistes, Nicolas Sarkozy et François Fillon viennent de s’y convertir donnant à la parole de Ségolène Royal une amplification majeure. Le Premier ministre étale cet argument : «Les ministres qui l’emporteront dans leur région devront la présider et quitter le gouvernement (…) On ne peut pas aujourd’hui demander aux électeurs de vous porter à la présidence d’une région et ne pas l’assumer en cas de succès».
Ces succès d’estime en politique que Ségolène Royal vient de remporter lors de cette rentrée ont été ternis par la polémique sur le fait de savoir si réellement elle a été nommée ambassadrice du PNUD. Le débat s’est enflammé. L’UMP avait accusé Ségolène Royal d’affabulatrice. Elle a été obligée d’apporter le rectificatif suivant : «Je ne me suis jamais prétendue ambassadrice de quoi que ce soit. Je n’ai rien demandé. J’ai été chargée d’une mission par le PNUD».
En mars prochain, lors des régionales, Ségolène Royal jouera une des parties les plus décisives de sa carrière. Si elle veut lui donner un destin national, elle est dans l’obligation de gagner la région. Le tout se passe sous les menaces et autres vociférations de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, un homme politique du cru : «Nous ferons tout pour compliquer la tâche de Mme Royal».

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