Sharon en porte-à-faux

Hier il regrettait. Aujourd’hui il accuse. Le Premier ministre israélien semble décidé à se mettre à dos une partie de ses anciens alliés, allant jusqu’à, ce vendredi, s’en prendre à l’Union européenne. «Il se peut bien que les Européens veuillent une direction capitularde, une direction qui cède», a-t-il déclaré dans les colonnes du quotidien israélien Yediot Aharonot. «C’était le cas pour plusieurs gouvernements israéliens passés, mais avec moi c’est différent», a poursuivi le chef du Likoud avant d’ajouter que «l’hostilité» européenne envers lui est le «reflet» de «la montée de l’antisémitisme» sur le vieux continent. Les déclarations colériques du Premier ministre israélien sont en fait motivées par les dernières propositions des Quinze montés au créneau cette semaine.
A Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères ont en effet relancé lundi l’idée d’une réunion internationale sur le Proche-Orient.
L’UE manifeste aussi un désaccord croissant avec Israël et les Etats-Unis non seulement sur la personne de Yasser Arafat, mais aussi sur la légitimité de l’Autorité palestinienne et sur la nature des représailles dirigées par Ariel Sharon. La France a particulièrement clarifié sa position en estimant que, pour sortir de l’impasse, la base de toute négociation doit être la création d’un Etat palestinien et l’organisation d’élections qui devraient mettre un terme à la politique israélienne destinée à enlever toute légitimité à Yasser Arafat. L’un des deux hommes à l’origine de ce projet, Shimon Peres (l’autre étant Ahmed Qorei, président du Parlement palestinien) a par ailleurs jugé nécessaire, jeudi, en marge du Forum économique mondial de New York, que le G8 élabore un programme de soutien économique pour le Proche-Orient.
«Depuis que le Canada préside le G8, nous suggérons qu’il élabore un plan économique en parallèle au plan Mitchell pour restaurer l’espoir dans la région», a déclaré le chef de la diplomatie israélienne à l’issue de sa rencontre avec Jean Chrétien, Premier ministre canadien. Les Etats-Unis, qui ont timidement critiqué les «regrets» d’Ariel Sharon de ne pas avoir liquidé Yasser Arafat en 1982, ont quant à eux accueilli jeudi le Roi Abdallah de Jordanie qui s’est entretenu avec le secrétaire d’Etat Colin Powell. Mauvaise interprétation ou mauvaise foi, cette rencontre a en tout cas donné lieu à un couac diplomatique.
Contrairement au compte-rendu fait par un responsable américain, le porte-parole jordanien a rapporté que le Roi Abdallah avait plaidé en faveur de Yasser Arafat et contre la suspension de la mission Zinni, décidée par la Maison-Blanche. Officiellement, le roi Abdallah s’est dit persuadé que «du fond du coeur», le président George W. Bush souhaitait «alléger la souffrance des Palestiniens». Ce dernier sera donc certainement sensible au message que vient de lui adresser le leader palestinien sur la situation dans les territoires occupés, en Cisjordanie et dans la Bande de Ghaza…

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