Sharon, l’équilibriste

Les tractions marathon d’Ariel Sharon, entamées mercredi après le départ des travaillistes du gouvernement, étaient sur le point de porter leurs premiers fruits lundi. Confronté à un premier vote de défiance à la Knesset, le chef du gouvernement était en effet en mesure de repousser l’obstacle grâce au soutien de l’extrême droite.
Après la démission des six ministres travaillistes, trois motions de censures avaient été déposées au Parlement israélien, respectivement par le Meretz (gauche laïque), le Shinouï (centre droit) et les formations arabes qui comptent 10 sièges parlementaires sur 120. Or aucun de ses partis n’est en mesure de remporter la majorité des votes pour renverser le cabinet Sharon qui s’est assuré de l’appui de plusieurs ultras, dont le bloc de l’Union nationale.
Cette formation, la plus importante de la mouvance extrémiste du pays, dirigée par Avigdor Lieberman, ex-ministre des Infrastructures, est toujours en pourparlers avec le chef du gouvernement pour réintégrer le cabinet. Un nouvel exécutif qui – dans sa nouvelle orientation ouvertement radicale – devrait aussi accueillir Benjamin Netanyahu, à moins que les conditions posées par celui-ci ne soient pas finalement concédées… En annonçant la nomination, dimanche, de son grand rival à la tête du ministère des Affaires étrangères, Ariel Sharon avait implicitement accepté dimanche les exigences de l’ex-Premier ministre au pouvoir entre 1996 et 1999, à savoir l’organisation d’élections législatives anticipées – avant celles prévues fin octobre 2003 – et le fonctionnement réduit du gouvernement jusqu’à leur déroulement. Lors de la rencontre entre les deux hommes, M. Netanyahu avait aussi réclamé l’expulsion de Yasser Arafat hors des territoires palestiniens et la prise de position officielle du nouveau cabinet contre la création d’un Etat palestinien. Deux mesures conformes aux résolutions du Likoud qui a multiplié les critiques vis-à-vis du cabinet actuel ces derniers mois…
Conciliant la veille, il semble que le chef du gouvernement, qui lorgne surtout sur l’extrême droite, soit devenu lundi plus réticent. «Cette condition n’est pas acceptable», a même déclaré sur les ondes de la radio publique le ministre des Télécommunications, Reuven Rivlin, un proche de M. Sharon. «Il est prématuré de décider d’élections anticipées pour l’heure. Il faut d’abord renforcer le gouvernement », a-t-il ajouté. D’autres membres de l’entourage du Premier ministre ont aussi accusé, via la presse, le leader des faucons au Likoud de recourir à des « manoeuvres » en ayant délibérément formulé des exigences qu’il savait inacceptables, tout en se donnant l’apparence de ne pas claquer la porte… Comment Ariel Sharon va-t-il cette fois-ci rebondir? Malgré les exactions et les agressions qu’il a ordonnées depuis son arrivée au pouvoir et sa volonté manifeste de vouloir saper tout espoir de paix, le chef du gouvernement s’est retrouvé ces derniers mois dans le collimateur des radicaux menés par M. Netanyahu – adversaire direct d’Ariel Sharon lors des futures élections – qui l’ont taxé d’être trop « mou » à l’égard des Palestiniens. Pressés par les Etats-Unis de maintenir un certain statu quo dans la région, Ariel Sharon est pourtant en train d’opérer une nette « droitisation » qui – s’il est sûr que les Palestiniens en seront les premières victimes – pourrait mettre à mal les relations de Tel-Aviv et Washington, dont la proposition de paix (création d’un Etat palestinien aux frontières provisoires d’ici 2003) risque d’être bloquée. « Il n’y aura pas de limite aux atrocités avec un gouvernement où figurent les noms dont on entend parler », a pour sa part averti lundi le ministre palestinien Ghassan al-Khatib.

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