Sharon retrouve sa vraie nature

Sharon retrouve sa vraie nature

Malgré les nouvelles victimes civiles tuées lors des deux raids israéliens de mardi le premier en plein centre de Ghaza et le second dans le camp de réfugiés de Djaballah -, Ariel Sharon continue de parler de lutte contre le terrorisme là où les autres dénoncent des crimes et des atteintes au processus de paix. Mercredi, sur les ondes de la radio militaire, le Premier ministre a affirmé que son armée continuerait à agir «partout contre le terrorisme». «Notre politique n’a pas changé», a déclaré M. Sharon, pour justifier la tentative – manquée – d’éliminer Abdelaziz Rantissi, l’un des principaux chefs du Hamas. Ses propos ont été relayés d’indications concernant la découverte de 53 projets d’attentats anti-israéliens, selon la même radio qui précisait mercredi que la moitié d’entre eux étaient le fait du Hamas! Quant à Ehud Olmert, ministre de l’Industrie et du Commerce, il a justifié les raids en affirmant que M. Rantissi avait «déclaré la guerre à tout processus de paix», en oeuvrant pour le retrait de son mouvement des pourparlers inter-palestiniens. Mardi soir déjà, le chef du gouvernement israélien avait averti que son pays allait «continuer à combattre le terrorisme tant que personne dans l’autre camp ne le fera». «Nous continuerons à lutter contre les chefs des organisations terroristes extrémistes, contre ceux qui organisent, et financent l’envoi de terroristes pour tuer des juifs», avait ajouté Ehud Olmert. Ses propos étaient venus défier les critiques de l’Administration américaine, largement impliquée dans le règlement du conflit israélo-palestinien sur la base de “la feuille de route” élaborée par le Quartette (Etats-Unis, Union européenne, Russie et ONU). Mardi, la Maison-Blanche avait réagi avec une certaine fermeté à la double attaque héliportée qui a fait en tout cinq morts et une cinquantaine de blessés parmi la population. Ari Fleischer, son porte-parole, avait d’abord indiqué que ces raids représentaient une entrave au processus de paix tout juste mis en route. Par la suite, George W. Bush lui-même avait dit «craindre que ces attaques ne compliquent la tâche des dirigeants palestiniens pour combattre les attentats terroristes». «Je ne crois pas non plus que les attaques servent la sécurité d’Israël» avait-t-il ajouté, pressé quelques heures plus tôt par Abou Mazen d’intervenir. Désapprouvé par son allié, le gouvernement israélien a aussi et surtout ravivé la colère des groupes armés palestiniens, ce qu’il ne pouvait d’ailleurs que prévoir, repoussant par là-même tout espoir de trêve. Mardi, après le raid contre M. Rantissi, celui-ci et d’autres dirigeants du Hamas ont aussitôt appelé à considérer «tous les Israéliens comme des cibles» devant une population de nouveau endeuillée et en colère. En agissant de la sorte, Tel-Aviv a donc une nouvelle fois opté pour le sabotage des efforts menés par l’autre camp, en particulier le Premier ministre palestinien. Depuis son entrée en fonction, fin avril, celui-ci s’est engagé à plusieurs reprises – et notamment vis-à-vis du président américain lors des sommets de Charm Al-Cheikh et d’Aqaba la semaine dernière – à démilitariser l’Intifada. Déterminé à mettre un terme aux violences, Abou Mazen a choisi la voie des négociations pour convaincre le Hamas et les autres mouvements de la nécessité du cessez-le-feu. Ces pourparlers ne se déroulent certes pas sans difficulté, les groupes ayant reproché au Premier ministre d’être trop conciliant, mais leurs chances d’aboutir ont été largement réduites par les manoeuvres de l’Etat hébreu. Une autorité qui cherche semble-t-il à repousser ce qui est pourtant inévitable : la création d’un Etat palestinien à ses côtés.

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