Solde de tout compte pour Benflis et le FLN

Ali Benflis inquiète. Le poulain du Front de libération nationale (FLN) pour les prochaines présidentielles vient de subir un nouveau coup de boutoir de la part des partisans de Bouteflika. Majoritaire à l’Assemblée nationale, l’ex-parti unique a vu ainsi ses activités gelées mercredi par le Conseil d’Etat algérien. Il s’agit de la confirmation d’une décision prise depuis le 30 décembre dernier et suspendue depuis par un recours introduit auprès de ce Conseil par le FLN.
S’il ne fait aucun doute aux yeux des observateurs internationaux que la manoeuvre est motivée par l’échéance du 8 avril, les officiels algériens s’en tiennent, eux, mordicus, au prétexte tout trouvé d’une plainte déposée le 8 mars par 53 militants qui contestaient la reconduction de M. Benflis au poste de secrétaire général.
Parmi ces militants, bien des figures clés du pouvoir actuel. Comme le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, qui accuse M. Benflis d’avoir pris en otage le parti. Ou encore, l’actuel ministre de l’Agriculture, Saïd Barkat, membre du FLN, qui a eu beaucoup de mal à cacher sa joie à la tombée de la nouvelle. Il a déclaré sans réserves, alors qu’il était en déplacement en compagnie du président Bouteflika dans son fief de Biskra, qu’il saluait cette décision tout en espérant que le FLN patienterait jusqu’à la fin des présidentielles pour se réunir. De quoi conforter les partisans de Benflis qui voient dans ces manoeuvres le visage à peine caché du président Abdelaziz Bouteflika, lui-même. Il s’agit d’un « nouveau scandale judiciaire», déclare Benflis cité par l’AFP. « Le candidat président s’acharne à asservir les institutions de l’Etat algérien pour satisfaire ses visées électorales», poursuit-il. Pourtant, la majorité du FLN s’est rangée officiellement aux côté de Ali Benflis. Les quelques militants opposés à la direction actuelle du parti ont déposé leur recours quand le président Bouteflika s’est vu notifié la fin de non recevoir quant à un éventuel soutien du FLN à sa candidature. S’en est suivi immédiatement la mise du compte du parti sous scellé, toujours sur la base d’une décision judiciaire. D’aucuns pensent que c’est la constitution du fameux front «contre la fraude électorale» qui aurait déplu à la présidence algérienne. Malgré l’invalidation de sa mission de secrétaire général, Benflis reste le principal challenger de Bouteflika pour les présidentielles du 8 avril prochain.
D’avance, selon ses proches, il s’était préparé au gel des subsides. De son côté, la presse est désormais visée par le camp présidentiel. Le journal “Le Matin”, connu par son ton irrévérencieux à l’encontre de Bouteflika s’est vu ainsi mis en demeure pour régler ses arriérés avec le fisc, et ce avant ce samedi. Commentaire du ministre de l’Intérieur, relayé par le fil Internet d’El Watan, à propos du directeur de publication du “Matin”: «qu’il arrête de raconter des salades» et d’ajouter: «Ce sera un journal de moins» !.
Des mots lancés en réponse aux questions des journalistes depuis la localité de El Oued, à 120 kilomètres de la capitale. Et le quotidien “El Watan” de s’indigner : «Abdelaziz Bouteflika et ses hommes veulent passer en force le 8 avril prochain. Ils savent pertinemment que rien n’est acquis pour ce scrutin en dépit des apparences, et que la compétition va être rude, dure, difficile, implacable. La presse libre est un écueil à leurs ambitions de pouvoir».
Des critiques qui ne font pas reculer Bouteflika qui, au moment de l’arrêt contre le FLN, recevait le soutien sans réserves de la centrale syndicale UGTA. Soutient d’autant peu démocratique que le secrétaire général dudit syndicat a ajouté un commentaire jugé excessif, juste après cette annonce : «Tout syndicaliste qui ne se plie pas au respect du règlement intérieur n’a qu’à partir». Ce qui est sûr, c’est que ces élections du 8 avril prochain, qui devaient remettre le processus démocratique algérien sur les rails, sont très mal parties. L’Armée ne rate plus aucune occasion pour affirmer sa neutralité avec force. Mais il s’agit d’une vieille rengaine, qui ne fait plus de dupes.

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