Soudan : Le temps de la réconciliation

Soudan : Le temps de la réconciliation

Le Nyayo Stadium de Nairobi a été le théâtre de la signature d’un accord de paix historique. En apposant leurs signatures, le vice-président soudanais, Ali Osman Taha, et John Garang, chef de la rébellion sudiste de l’Armée populaire de libération du Soudan, ont mis un terme au plus long conflit armé d’Afrique.
L’accord en question aura nécessité un dur labeur, des mois de négociations et d’interminables séries de rebondissements. Finalement, sous le regard de la communauté internationale, et devant quelque 5.000 spectateurs, Ali Osman Taha et John Garang ont procédé, lors d’une cérémonie officielle, à la signature du document qui devrait mettre un terme à ce conflit qui aura, au bout de 21 ans, coûté la vie à plus de deux millions de personnes au Sud-Soudan depuis 1983.
Une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement africains, ainsi que des représentants de la communauté internationale, parmi lesquels le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, son homologue italien Gianfranco Fini et la ministre norvégienne du Développement international, Hilde Johnson, étaient présents lors de cette cérémonie qui restera dans les chroniques africaines. À préciser que ces derniers sont également signataires, au nom des donateurs ayant soutenu les pourparlers de paix.
« Cet accord tournera une page sombre dans l’Histoire soudanaise. C’est un jour plein d’espoir pour les peuples du Soudan, mais uniquement si les promesses d’aujourd’hui sont tenues », a commenté Colin Powell dans une déclaration reprise par l’agence Associated Press.
Aussi, l’accord a été contresigné par le président kenyan Mwai Kibaki et son homologue ougandais, Yoweri Museveni, président de l’Autorité régionale intergouvernementale de développement (IGAD), le rassemblement de sept pays qui a organisé la médiation dans le processus de paix, a constaté l’AFP.
Les présidents kenyan et ougandais ont signé en tant que témoins, comme le précise le programme officiel de la cérémonie. Par ailleurs, neuf autres dirigeants africains se sont déplacés pour ne rien rater de ce moment historique, mais surtout pour parrainer cet accord. On retiendra la présence de Omar El-Bachir, chef de l’Etat soudanais, ainsi que Olusegun Obasanjo, son homologue nigérian et actuel président de l’Union africaine.
L’Égyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, était également de la partie. Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères français, Renaud Muselier, représentait son pays lors de cette cérémonie.
«Notre peuple a connu l’amertume de la guerre. La paix va apporter l’abondance à notre pays. Cet accord de paix est en fait un nouveau contrat pour tous les Soudanais », a souligné le président soudanais selon l’Associated Press, qui indique que celui-ci s’est engagé à mettre en branle « des pourparlers rapides pour tenter de mettre fin à l’autre guerre soudanaise, celle du Darfour (ouest). »
Le côté historique de cet accord de paix signé entre le gouvernement islamique de Khartoum et les rebelles du Sud-Soudan n’étant plus à démontrer, son principal enjeu, outre la fin de la guerre, est la préservation de l’unité du Soudan.
De la sorte, ledit accord réserve aux habitants du Sud le droit de choisir la sécession au terme d’une période de transition de six ans. En effet, les pourparlers entamés en 1987 au Kenya ont gagné en sérénité ces deux dernières années, «les adversaires signant une série de protocoles sur le partage du pouvoir et des richesses naturelles, l’administration de trois régions disputées (les monts Nuba, la province du Nil Bleu et la région d’Abyei au Sud Kordofan, attribuées au nord par l’accord de paix de 1972, mais réclamées par le sud), le désarmement et la mise en place d’un processus de transition de six ans, à l’issue duquel les sudistes seront appelés par référendum à se prononcer pour ou contre la sécession.»
À cet effet, John Garang a expliqué dans des déclarations relayées par les agences de presse que les habitants du Sud pourraient choisir la sécession si Khartoum ne débloquait pas des fonds pour moderniser leur région.
« Si cet accord n’est pas respecté, le pays éclatera. Mais s’il est mis en oeuvre de la façon dont il a été négocié, alors le pays a des chances de rester uni ».

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