Tripoli menace Berne de représailles

Tripoli menace Berne de représailles

La Libye a menacé mercredi la Suisse de représailles après la brève détention la semaine dernière d’un fils du numéro un libyen Mouammar Kadhafi à Genève, brandissant notamment l’arme du pétrole pour obtenir des excuses de Berne. Premier fournisseur de pétrole à la Suisse, la Libye pourrait stopper ses exportations de brut, selon un responsable des Comités révolutionnaires, épine dorsale du régime Mouammar Kadhafi, en réaction à l’arrestation le 15 juillet de Hannibal Kadhafi. Des spécialistes du secteur en Suisse ont toutefois minimisé l’impact d’une telle mesure, estimant qu’elle «n’aurait pas de sens» et que la Suisse dispose de suffisamment de réserves et d’autres sources d’approvisionnement. La rupture des relations diplomatiques et le départ des sociétés helvétiques sont également envisagées, a indiqué à l’AFP le responsable libyen, alors que quelques dizaines de membres des Comités révolutionnaires manifestaient leur colère devant l’ambassade de Suisse à Tripoli. Tripoli pourrait également retirer tous ses avoirs dans les banques suisses, a menacé un autre responsable sous couvert de l’anonymat. Dans un communiqué remis à l’ambassadeur suisse, les manifestants ont menacé la Confédération de représailles si elle ne présente pas des excuses officielles au peuple libyen et au colonel Kadhafi. Le communiqué, obtenu par l’AFP, dénonce un «comportement hostile» et considère que l’arrestation de Hannibal Kadhafi était un «crime odieux et un dangereux précédent». Il annonce par ailleurs qu’à défaut d’excuses officielles, la manifestation de mercredi serait le début «d’une action révolutionnaire et populaire» contre les «intérêts de la Suisse» partout dans le monde. Une nouvelle manifestation devant l’ambassade suisse est prévue jeudi, selon les organisateurs. «Nous n’avons cherché à aucun moment à blesser les sentiments du peuple libyen», a dit l’ambassadeur de Suisse à Tripoli, Daniel Von Muralt, dans une brève déclaration, confirmant l’arrivée mercredi d’une délégation suisse à Tripoli, annoncée auparavant par le ministère suisse des Affaires étrangères pour tenter d’apaiser la tension. Tripoli a déjà pris dès le 17 juillet «des mesures de rétorsion préoccupantes» envers les ressortissants suisses et les intérêts de la Confédération en Libye, a indiqué le ministère. Les liaisons aériennes entre les deux pays ont été réduites, les entreprises suisses en Libye ont reçu un ordre de fermeture et les autorités libyennes ont suspendu l’octroi de visas aux ressortissants suisses. Les bureaux des groupes helvétique Nestlé et helvético-suédois ABB ont été ainsi contraints de mettre la clé sous la porte et leurs responsables ont été interrogés par la police libyenne, selon les deux groupes. Alors que le responsable de la représentation de Nestlé en Libye, un Egyptien, a été rapidement relâché, l’employé suisse d’ABB demeure en détention, selon sa société. Hannibal Kadhafi, le quatrième fils de Mouammar Kadhafi, et sa femme avaient été arrêtés le 15 juillet à Genève, suite à une plainte de deux employés de maison qui les accusent de les avoir frappés. Le couple avait été libéré deux jours plus tard après avoir versé une caution d’un demi-million de francs suisses (312.500 euros). Hannibal qui accuse la police de l’avoir maltraité lors de son interpellation, a déjà été poursuivi à Paris pour des violences sur sa compagne en 2005 et interpellé en 2004 pour avoir dévalé les Champs-Elysées à 140 km/h au volant de sa Porsche. Agé de 32 ans, il dirige la société libyenne de transport maritime qui détient un quasi-monopole sur le transport du brut.

• Afaf Gueblawi  (AFP)

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