U.E. pose ses conditions à la Turquie

La Turquie réaffirme sa détermination à poursuivre ses réformes afin de répondre aux exigences des quinze pour son adhésion à l’Union européenne. Taëb Erdogan, chef du Parti de la Justice et du Développement (AKP), grand vainqueur des dernières législatives, vient de le souligner à Paris où il achevait une tournée européenne destinée à gagner des appuis pour ce projet d’adhésion, à la veille du « sommet de l’élargissement » de Copenhague les 12 et 13 décembre.
Comme il a fait à Copenhague, Londres, Madrid et Athènes, M.Erdogan s’est voulu rassurant sur la volonté de son pays de se conformer aux normes politiques (démocratie, droits de l’Homme) et économiques (économie de marché) de l’Europe en vue d’intégrer l’Union.
Dans l’immédiat, la Turquie, soutenue notamment par les Etats-Unis, l’Italie et l’Espagne, réclame la fixation d’une date pour l’ouverture de négociations d’adhésion. Cette revendication, qui date de 1999, bute sur des divisions européennes. L’Europe est aujourd’hui confrontée à deux options : proposer à Ankara une « clause de rendez-vous » pour 2004, date à laquelle un calendrier serait arrêté pour des pourparlers, ou adresser dès le prochain sommet de Copenhague un signal fort aux Turcs à travers la fixation d’un calendrier pour l’ouverture des négociations.
De fait, l’Europe semble vouloir observer l’évolution politique de la Turquie pour la juger sur des actes, et non sur des déclarations d’intentions, avant de se prononcer. Pour elle, les réformes en profondeur en Turquie sont une condition indispensable, sine quoi non. L’Union européenne, du moins pour une bonne partie de ses membres, prend, parallèlement à ces exigences, ses distances vis-à-vis du président de la Convention européenne chargé de préparer une constitution pour l’Europe élargie, Valéry Giscard d’Estaing, qui avait estimé que l’adhésion de la Turquie, pays musulman, situé à plus de 90 % en Asie, signifierait la fin de l’Union.
« Ce n’est pas en termes de religion qu’il faut poser ces problèmes », a déclaré Jacques Chirac, pour qui l’appartenance historique de la Turquie à l’Europe ne se discute pas. « C’est simplement en termes politique, économique, social et stratégique qu’il faut étudier la question », a-t-il précisé. Des pays de l’U.E. ont défini certaines conditions à l’aune desquelles la demande turque sera favorablement examinée.
Il faut d’abord qu’Ankara lève son veto à l’utilisation des moyens de l’OTAN par la future force de réaction rapide européenne, et cela avant le sommet de Copenhague. Le nouveau gouvernement turc, exclusivement formé par un Parti islamiste, doit montrer sa détermination à poursuivre les réformes engagées par le précédent gouvernement. L’Europe subordonne aussi sa position finale à la question de Chypre qui fait l’objet d’un plan de paix onusien.
Tout semble désormais possible pour une Turquie rénovée qui, sans perdre sa spécificité culturelle, devrait se mettre aux normes européennes de laïcité, de démocratie, des droits de l’Homme et du libéralisme économique.
La Turquie est très courtisée, islamisme ou pas, à telle enseigne que le Premier ministre israélien n’hésite pas à inviter son homologue turc à venir en Israël.
Ankara, entretient jusqu’à présent d’étroites relations économiques et militaires avec Tel-Aviv, qui le considère comme son principal allié dans la région du Moyen-Orient. On constate néanmoins ces derniers temps un certain refroidissement dans ces relations, la Turquie critiquant vivement la répression féroce de l’armée israélienne contre le peuple palestinien.

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