Ukraine : la Cour constitutionnelle se tait, la rue parle

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté mercredi à Kiev pour et contre la dissolution du Parlement après la décision de la Cour constitutionnelle, qui doit arbitrer la crise, de reporter d’une semaine l’examen de l’affaire. Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a annulé une visite prévue à Strasbourg alors que son rival pro-russe, le Premier ministre Viktor Ianoukovitch, l’appelait à « suspendre le décret (de dissolution) compte tenu du report» de l’examen de la Cour constitutionnelle au 17 avril. M. Iouchtchenko a dépêché à Strasbourg son chef de la diplomatie, Arseni Iatseniouk, qui doit informer le secrétaire général du Conseil de l’Europe Terry Davis de la situation politique en Ukraine. L’ex-président polonais Alexander Kwasniewski, qui a joué un rôle important lors de la Révolution orange ayant opposé MM. Iouchtchenko et Ianoukovitch fin 2004, s’est aussi entretenu à Kiev avec des responsables ukrainiens. Une délégation parlementaire russe participait, quant à elle, à la réunion des députés pro-russes au Parlement. A Kiev, plusieurs milliers de pro-russes se sont rassemblés dès le petit matin sur la place de l’Indépendance, a constaté une journaliste de l’AFP. «Nous sommes là pour une juste cause. Je ne veux pas qu’on adhère à l’Otan, je ne veux pas d’élections anticipées», lance Raïssa, une retraitée de 60 ans assise sur une chaise dépliante. «Le décret présidentiel est anticonstitutionnel», déclare Gueorgui Erchov, un retraité de 70 ans venu de Dnipropetrovsk (est), en regardant sur un écran la retransmission d’une session du Parlement où les députés pro-russes continuent de siéger malgré l’ordre présidentiel de dissolution. «Le Parlement travaille, les usines fonctionnent et eux sèment le trouble», accuse M. Erchov. De leur côté, 2.000 à 3.000 partisans du parti présidentiel Notre Ukraine ont marché depuis la place de l’Europe vers la Cour constitutionnelle en brandissant des drapeaux orange. «Cour honnête, élections honnêtes», «L’est et l’ouest ensemble», «Non à la bande au pouvoir», clamaient leurs affiches. «Nous sommes là pour soutenir le président et sa décision. Personne n’a le droit d’ignorer ses décrets», a déclaré Nadia Kryvonos, députée locale à Krementchoug (centre). Des centaines de pro-russes ont manifesté également devant la Cour constitutionnelle. Cette instance, saisie par les partis pro-russes, devait initialement commencer à examiner la validité du décret mercredi. Cinq juges de la Cour ont de leur côté dénoncé mardi "des pressions" et demandé une "protection".

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