Un chef indépendantiste nigérien accusé de trahison, menaces sur le pétrole

M. Asari, chef de la NDPVF (Niger Delta People’s Volunteer Force, illégale), milice du delta du Niger (sud du Nigeria), a été arrêté mardi et a comparu pour la première fois jeudi matin devant la Haute cour fédérale du Nigeria à Abuja.

"Le juge a ordonné qu’il reste en détention. Les accusations qui vont être portées contre lui sont la trahison et la tenue de réunions interdites", a déclaré à la presse, à l’issue de cette comparution, le ministre nigérian de la Justice, Bayo Ojo.

"La plainte va être déposée contre lui dans les deux prochaines semaines", a-t-il ajouté.

Me Uche Okoko, l’avocat de M. Asari, a, lui, été arrêté dès son arrivée à Abuja, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des membres de la NDPVF avaient lancé mardi un ultimatum aux autorités fédérales, menaçant de s’attaquer à des installations pétrolières si Asari n’était pas libéré avant mercredi après-midi.

Le delta du Niger est la principale zone de production pétrolière du Nigeria, sixième exportateur mondial, et le géant pétrolier anglo-néerlandais Shell y possède un important réseau de puits et de pipelines.

Les partisans de M. Asari ont indiqué à l’AFP par téléphone qu’ils s’étaient réunis jeudi matin pour décider de la suite à donner à leur ultimatum.

"Nous allons faire sauter toutes les installations pétrolières", avait affirmé dans la nuit par téléphone le commandant adjoint des NDPVF, Alali Horsefall, avertissant que ses hommes avaient déjà commencé à faire mouvement pour prendre le contrôle des installations d’extraction de gaz et de pétrole.

Les militants avaient érigé mardi soir des barricades pour bloquer une route majeure de la ville de Port Harcourt, dans le delta. Des coups de feu avaient été entendus dans la nuit.

"Nous ne voulons pas faire du mal à des étrangers. Nous leur demandons donc de quitter le territoire", avait aussi prévenu M. Horsefall.

Le pétrole représente 95% des revenus extérieurs du Nigeria, qui produit 2,5 millions de barils par jour, mais les populations locales (Ijaw et Ogoni notamment) reprochent aux autorités de ne pas redistribuer équitablement la rente pétrolière. La NDPVF demande l’autonomie de cette région et une meilleure répartition de cette manne.

La police avait indiqué mercredi que M. Asari était interrogé par ses services "sur ses déclarations séditieuses dans la presse".

Le 10 septembre, un quotidien nigérian avait publié un entretien de M. Asari dans lequel il dénonçait le Nigeria, comme "une entité diabolique" qu’il affirmait vouloir "combattre" et voir "se désintégrer".

Les compagnies pétrolières internationales installées dans le delta du Niger, région traditionnellement instable, ont renforcé leur sécurité, évacuant une partie de leurs personnels des sites de production et limitant au maximum les déplacements. La production n’était toutefois pas affectée, selon un porte-parole de Shell.

L’armée nigériane a affirmé qu’elle était prête à faire face à toute attaque sur les oléoducs, les puits et les stations de pompage disséminés dans cette région de marais et de rivières difficile à contrôler.

"Nous avons assez d’hommes pour assurer la sécurité de tous les points stratégiques. Nous allons maintenir la sécurité et la paix", a déclaré le porte-parole de l’armée, le colonel Mohammed Yusuf.

La NDPVF avait signé un cessez le feu en octobre 2004 avec le gouvernement fédéral, après des négociations entre M. Asari et le président Obasanjo, et entamé un désarmement.

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