Un massacre active l’unité palestinienne

Qualifiée « d’erreur sanguinaire» par un grand quotidien israélien, alors que certains préfèrent parler de «bavure technique», la tragédie de Beït Hanoun, où un tir de l’artillerie israélienne a fait 19 morts palestiniens, dont 8 enfants, a soulevé l’indignation de la communauté internationale et de larges secteurs de l’opinion publique israélienne.
Le chanteur contestataire Aviv Gefen, proche du camp pacifiste, parle d’ailleurs d’un « massacre sciemment organisé ».
Sitôt la tragédie connue, les autorités israéliennes ont réagi. Le ministre de la Défense, Amir Peretz, a confié au général Meir Khalifi le soin de mener une enquête, qui a nécessité l’envoi de nombreux spécialistes sur le terrain. Le Premier ministre Ehoud Olmert, la ministre des Affaires étrangères Tsippi Livri et Amir Peretz, le ministre de la Défense, ont présenté immédiatement leurs excuses au peuple palestinien.
Un analyste des affaires militaires reconnaît que « Israël a toujours la gâchette facile ». Et il se demande si cela sert les intérêts nationaux. Un autre affirme que ce ne sont pas uniquement les artilleurs qui ont un problème d’estimation de leurs tirs. C’est aussi le gouvernement « dont le cœur s’est endurci ». Enfin, spécialiste des affaires militaires pour le grand quotidien Haaretz, Zeev Schiff souligne que l’armée israélienne, Tsahal, n’a pas tiré les leçons de la tragédie qui, en juin dernier, avait coûté la vie à une famille de Palestiniens en excursion sur une plage de Gaza et qui avait été tuée par un obus prétendument perdu de l’artillerie israélienne.
Dans un éditorial non signé, qui engage donc tout le journal, intitulé «Cessez-le-feu», Haaretz va encore plus loin. Il écrit : «Les canons doivent être remplacés par des appels au dialogue, le boycott économique doit céder la place à une reprise des échanges et le cruel siège de Gaza doit être remplacé par une ouverture, surveillée, des points de passage». Les conséquences de la tuerie de Beït Hanoun dans le camp palestinien sont profondes et durables. Le drame a provoqué un sursaut et contribué au rapprochement entre les positions, pourtant largement antagonistes jusque-là, de Mahmoud Abbas et Ismaïl Haniyeh. Ils se seraient mis d’accord pour la construction d’un gouvernement d’union nationale, Abou Mazen a eu pour la première fois un entretien téléphonique avec Khaled Mechâal, le chef de la branche extérieure du Hamas, installé à Damas, qui avait eu, ces dernières semaines, des mots très durs pour le président de l’Autorité palestinienne. C’est le signe que les choses s’accélèrent. Cela été confirmé par les déclarations faites à deux reprises, les 10 et 11 novembre 2006, par Ismaïl Haniyeh qui a publiquement annoncé son intention de se retirer si son geste permettait la levée des sanctions financières de la communauté internationale contre le gouvernement palestinien. Un nouveau Premier ministre choisi par le Hamas devrait donc être nommé et le cabinet aurait pour fondement de son action politique le « document des prisonniers » mis au point par des membres du Hamas et du Fatah détenus en Israël. Le fait que les Palestiniens semblent être parvenus à un accord, en dépit du drame qui les a frappés et des violentes réactions qu’aurait pu entraîner immédiatement la tragédie de Beït Hanoun, fait dire à Yoël Marcus que les Israéliens feraient mieux se suivre cet exemple. Il recommande « la formation d’un gouvernement d’union nationale » « avec une véritable valse des portefeuilles ». Et il appelle dans la foulée à une reprise par ce nouveau gouvernement du dialogue avec les Palestiniens afin de fixer un calendrier précis pour la conclusion d’un accord de paix définitif. Un gouvernement, on le devine à travers les propos de Yoël Marcus, qui ne sera pas uniquement «d’union nationale» mais aussi de «salut national».

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *