Un million de victimes du génocide

Sept ans après les terribles massacres perpétrés au printemps 1994, le gouvernement rwandais a rendu public cette semaine à Kigali les résultats d’une vaste enquête qui chiffre très précisément à 1.074.017 le nombre de victimes déclarées du génocide de 1994. Ce recensement lancé en juillet 2000 par le ministère de l’administration du territoire et des affaires sociales, remet donc en cause les évaluations généralement citées. Celles-ci faisaient jusqu’alors état de 500.000 à 800.000 morts membres de la minorité tutsie ou de la majorité hutue modérée, massacrés par des extrémistes hutus entre avril et juillet 1994. Cette enquête avait pour objectif non seulement de « connaître le nombre et les noms des victimes du génocide » mais aussi « d’identifier les sites les plus affectés » sur une période de quatre ans, du 1er octobre 1990 au 31 décembre 1994, rapporte le document final du ministère de l’administration locale publié mardi. «Vu la délicatesse de l’étude, un questionnaire simple et court» a été utilisé par 2.000 enquêteurs, qui ont toutefois dû faire face à de nombreux obstacles. De l’indifférence dans les centres urbains, aux oublis, en passant par la peur de parler, le manque d’informations dans certaines zones où des familles entières ont été décimées ou encore «le refus de certains rescapés de répondre» déçus par le gouvernement, toutes ces raisons font que les autorités projettent de mener une autre analyse plus approfondie… Par ailleurs, si l’étude remonte jusqu’en 1990, c’est parce que Kigali estime que le génocide a commencé bien avant 1994. Des morts ont en effet été déclarées depuis le début de la guerre, déclenchée le 1er octobre 1990 par le Front Patriotique Rwandais (FPR), aujourd’hui au pouvoir. Cependant, la quasi-totalité (99,2 %) des victimes ont été tuées entre avril et décembre 1994. Selon l’étude, les zones où les concentrations de victimes sont les plus importantes se trouvent dans la province de Butare au sud du pays (22,1 % des personnes tuées), suivie de la zone rurale de Kigali (14,6 %), Gitarama au centre (12,1%), la ville de Kigali (10,5%) et de Gikongoro (10,3 %), dans le sud du Rwanda. Dernier résultat de l’enquête : les enfants représenteraient 50,1 % des victimes, même si le génocide n’a épargné personne… Le gouvernement précise d’ailleurs que 56 % des personnes tuées étaient des hommes, et que 93,7 % d’entre elles étaient des Tutsis. Et pour mieux cerner l’inhumanité des événements, les enquêteurs ont également voulu connaître les moyens utilisés par les tueurs pour massacrer leurs victimes : la machette s’avère de loin l’arme la plus utilisée devant la massue et le fusil. 8 % des victimes ont par ailleurs été battues à mort, les autres brûlées, éventrées, pendues, violées, contraintes au suicide ou même écrasées et pilées dans des mortiers.

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