Un scénario de cauchemar en Israël

Un scénario de cauchemar en Israël

Le Contrôleur général de l’Etat, Micha Lindenstrauss, devait présenter, le 5 mars, devant une Commission de la Knesset les grandes lignes du rapport intérimaire qu’il s’apprête à publier sur la désastreuse gestion de la guerre du Liban par le gouvernement et l’état-major israéliens. Des «fuites» avaient permis à la presse d’affirmer que sa déposition serait pour lui l’occasion de mettre en cause très sévèrement le Premier ministre, le ministre de la Défense ainsi que l’ex-chef d’état-major, Dan Haloutz, qui a démissionné le 9 février dernier, et les responsables de la Défense passive. Conscient des résultats désastreux qu’aurait cette déposition pour sa cote de popularité au plus bas – seuls 3% des Israéliens lui font confiance!–, Ehoud Olmert a eu recours à un artifice juridique pour réduire au silence Micha Lindenstrauss.
Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, un militaire, le général Yitzhak Gershon, ancien commandant de la Défense passive, a déposé un recours accepté par la Cour suprême contre le Contrôleur de l’Etat, demandant que ce dernier ne puisse faire état de ses conclusions devant la Commission parlementaire. L’entourage du Premier ministre s’est alors littéralement déchaîné contre Micha Lindenstrauss, littéralement couvert d’insultes.
Dès le lendemain, le quotidien libéral Haaretz révélait les grandes lignes de la déposition faite, le 1er février dernier, par Ehoud Olmert devant la Commission Winograd chargée par le gouvernement d’enquêter sur les carences de l’échelon politique et de l’échelon militaire lors de la guerre du Liban. Le chef du gouvernement a reconnu avoir planifié, dès février 2006, des opérations contre le Hezbollah, sans pour autant s’assurer que l’armée israélienne était prête à ces affrontements.
Les déclarations d’Ehoud Olmert ont permis au cheikh Hassan Nasrallah de nier toute responsabilité dans l’escalade militaire.
Exprimant le mécontentement de nombreux officiers devant la non préparation de l’armée, le chef d’état-major adjoint de Tsahal, le général Moshé Kaplinski, est sorti de son long silence pour reconnaître : «Nous nous sommes trompés». Cet aveu constitue un désaveu des options stratégiques retenues par l’ancien chef d’état-major Dan Haloutz, et par Ehoud Olmert.
Face à ces révélations qui font douter de son avenir politique, Ehoud Olmert poursuit sa lutte acharnée contre son principal partenaire de sa coalition gouvernementale, le travailliste Amir Peretz. C’est ce que montre la violente altercation entre les deux hommes, le 6 mars dernier, lors d’un Conseil des ministres consacré au retard de paiement des salaires de certains employés territoriaux.
Amir Peretz ayant demandé à prendre la parole, le chef du gouvernement lui a répondu :
• «Vous devrez attendre patiemment votre tour. L’ordre du jour n’est pas décidé en fonction de vos caprices».
La réponse du ministre de la Défense sera du même ton :
• «Nous ne sommes pas dans un régime de pouvoir absolu. Que se passe-t-il ici ? Nous ne sommes pas des figurants. Vous êtes un dictateur!»
Le Premier ministre a alors levé, provisoirement, la réunion en lançant au leader travailliste : «Vous n’en ferez pas à votre tête, asseyez-vous et reprenez votre calme». Cette polémique montre que les jours de la coalition sont peut-être comptés.
Ehoud Olmert n’est pas au bout de ses ennuis. En janvier, il avait dédaigneusement réfuté les révélations du journaliste Akiva Eldar, de Haaretz, sur l’existence d’un «canal secret de négociations» entre Israël et la Syrie, entre 2004 et 2006. Or l’un des protagonistes de ces discussions, tenues avec l’aide de la Confédération helvétique, l’Américain d’origine syrienne Ibrahim Suleïman, a été officiellement invité par la présidente de la Knesset, Dalia Itshik, et par le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, à venir témoigner devant les députés. Les révélations de cet universitaire, très proche du ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem, pourraient provoquer de nombreux remous.
Autre «scoop» révélé par le quotidien populaire Yediot Aharonot, le Mossad (Services secrets israéliens) aurait organisé le passage en Europe du général iranien Ali Reza Ashgari et de sa famille. Ancien vice-ministre de la Défense et ex-commandant des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution, cet opposant à Mahmoud Ahmadinedjad serait actuellement «débriefé» par les services secrets occidentaux. Résumant le climat délétère régnant en Israël, l’analyste Yoël Marcus cite, avec un humour teinté de pessimisme et de scepticisme, la seule solution pour sortir de ce scénario cauchemardesque: «Il ne reste plus qu’à demander à Shimon Peres, âgé de 84 ans, de faire office de sauveur de la nation… en devenant Premier ministre».

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