Un sommet pour la paix

Au Proche-Orient, les voies de la paix empruntent des détours mais il faut bien se garder des apparences. Les communiqués se félicitent de résultats obtenus au terme d’âpres négociations et dissimulent parfois des reculs ou le simple maintien de la situation.
C’est la leçon qu’il faut retenir de la courte tournée effectuée, en fin de semaine dernière et au début de cette semaine, par la chef de la diplomatie américaine au Proche-Orient.
En apparence, Condoleeza Rice, après des heures de discussions «franches et cordiales», pour reprendre la langue diplomatique, s’est heurtée à un veto net et déterminé du Premier ministre israélien. Prétendant avoir en dernier recours le soutien du président George Bush, Ehud Olmert s’est opposé à l’ouverture de négociations séparées menées par les Américains avec d’une part les Palestiniens, d’autre part les Israéliens,  sur les étapes finales du processus de paix, notamment le statut de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés,  le retour aux frontières du 4 juin 1967 et la création d’un Etat palestinien. Avec l’aide de sa ministre des Affaires étrangères, Tsippi Livni, dont la prise de position contrastait pourtant avec sa modération habituelle :  «L’heure n’est pas encore venue de discuter des étapes finales». En définitive, Israéliens, Palestiniens et Américains se sont mis d’accord sur un compromis «boiteux». Ehud Olmert a accepté de tenir, tous les 15 jours, des « réunions de reconstruction progressive de la confiance» avec Mahmoud Abbas, des réunions durant lesquelles il aurait accepté de discuter d’autre chose que des questions de sécurité et des questions humanitaires. En un mot, pour éviter des négociations sur les étapes finales du processus de paix, ils continueront à parler de «l’horizon politique», en y ajoutant des entretiens sur le  «caractère du futur Etat palestinien» . Résultat médiocre mais qui a l’avantage d’éviter un retour à «l’unilatéralisme», jadis pratiqué par Ariel Sharon et que voudraient ressusciter certains proches d’Ehud Olmert. Tout se passait comme si les discussions qui allaient se dérouler en Israël seraient secondaires par rapport à d’autres. L’ouverture de la Conférence de Riyad, le 28 mars, en présence des membres  de la Ligue arabe, pourrait au contraire permettre d’effectuer de substantiels progrès et de créer une dynamique de paix dont la région a bien besoin. Beaucoup d’observateurs estiment qu’elle a des chances raisonnables de déboucher, selon un processus complexe, sur des  négociations bilatérales entre l’Arabie Saoudite, les pays arabes, l’Autorité palestinienne, à défaut du gouvernement d’union nationale palestinien dans un premier temps, face à Israël. Signe de cette volonté d’ouverture, la correspondante à New York du quotidien israélien «Yediot Aharonot», Orly Azoulay, d’origine marocaine mais de nationalité israélienne, a obtenu un visa saoudien, grâce à l’intervention en sa faveur de Ban Ki moon, et se trouve sur place en Arabie Saoudite, ce qui constitue une première. Dans sa correspondance, qui fait la Une du quotidien populaire israélien, Orly Azoulay estime que «Les Saoudiens se montrent très ouverts et très optimistes». Selon elle, le roi Abdallah d’Arabie saoudite  annoncera, ce qui fut fait,   que «le monde arabe est prêt à ouvrir des négociations avec Israël sur un règlement définitif du conflit israélo-arabe», en prévenant que ce serait la dernière chance de ce type et que, faute de la saisir, les Israéliens se retrouveraient «face aux seigneurs de la guerre». Par contre, selon certaines sources saoudiennes, relayées par la presse saoudienne, une réponse positive, même assortie de restrictions, d’Israël permettrait dans la foulée la mise sur pied d’équipes de négociateurs arabes et israéliens chargés de préparer un Sommet international.  Selon Orly Azoulay, ce schéma aurait eu l’accord préalable d’Ehud Olmert et de Condoleeza Rice.
Dans un forum publié par l’hebdomadaire panafricain «Jeune Afrique», j’avais, moi-même, conclu, en évoquant le Sommet de Riyad et l’initiative saoudienne : «Ce schéma n’est ni un rêve ni une utopie. Il s’agit d’une solution pragmatique et réaliste, la seule possible dans les circonstances présentes. Elle seule peut conduire à la conclusion d’un accord instaurant une paix juste et durable au Proche Orient». Il serait bon que cette occasion historique soit saisie par tous et qu’elle mette un terme aux souffrances des peuples de la région, notamment en favorisant la création, indispensable, d’un Etat palestinien. 

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