Une crise et deux opérations synchronisées

La classe politique et la presse israélienne commentent diversement la crise qui a éclaté au sein du Parti travailliste dont l’une des figures de proue, le professeur Avishay Braverman, a rompu avec Amir Peretz. Elu député sur la liste d’Avoda lors du scrutin du 28 mars dernier, cet économiste, autrefois président de l’Université David Ben Gourion de Beersheva, n’avait pas caché qu’il briguait le portefeuille des Finances. Furieux de ne pas l’avoir obtenu, il a refusé d’occuper d’autres fonctions, qu’il jugeait indignes de lui, dans le gouvernement de coalition constitué notamment par le parti centriste Kadima d’Ehoud Olmert et l’Avoda d’Amir Peretz. L’amertume d’Avishay Braverman est d’autant plus grande qu’il n’avait pas ménagé ses efforts lors de la campagne d’Amir Peretz. Il a ainsi organisé le week-end que ce dernier, natif de Boujad, a passé dans son pays natal, le Maroc, en concertation avec André Azoulay récompensé de l’efficacité de son intervention par l’octroi, il y a quelques semaines, d’un titre de «docteur honoris causa» de l’Université de Beersheva…
Particulièrement tendues ces derniers temps, les relations entre Avishay Braverman et Amir Peretz se sont détériorées de manière irréversible. Pis encore, l’universitaire est désormais le chef de file des vétérans du Parti qui, après avoir soutenu Amir Peretz, sont devenus ses plus farouches opposants. Contre son avis, is ont exigé que les instances dirigeantes de leur formation se prononcent par un vote contre le maintien à son poste de l’actuel Secrétaire général après la nomination de celui-ci comme ministre sans portefeuille.
Le groupe dirigé par Avishay Braverman comprend des personnalités travaillistes de premier plan, les généraux de réserve Matan Vilnaï et Dany Yatom, l’ancien responsable des services de sécurité Ami Yalon, ainsi que Colette Avital, jadis très proche de Shimon Peres qu’elle a refusé de suivre à Kadima. La capacité de nuisance de ce cénacle compromet sérieusement l’autorité d’Amir Peretz sur son parti et réduit d’autant son influence au sein du gouvernement dont le chef, Ehoud Olmert, déploie une intense activité diplomatique et a effectué plusieurs déplacements, très remarqués, aux Etats-Unis, en Egypte, en Jordanie et en Europe.
Le «civil» Amir Peretz, promu ministre de la Défense, est plus à l’aise avec les militaires et suit de très près l’élaboration des ripostes israéliennes aux tirs de missiles Kassam à partir de Gaza contre la localité de Sdérot où vivent sa femme, ses enfants, sa mère, ses frères et soeurs, dont les domiciles ne sont pas à l’abri de ces tirs. Amir Peretz a donné son aval à des opérations de commandos contre Gaza ainsi qu’à l’utilisation d’hélicoptères pour frapper voitures et maisons appartenant aux auteurs ou inspirateurs de ces bombardements. Quoi qu’en ait dit une certaine presse, Amir Peretz a bien autorisé l’opération ciblée qui a conduit à l’élimination d’Abou Samanda chef des Comités résistance de Gaza, proches Hamas, et de trois de ses compagnons qui se trouvaient dans son véhicule atteint par un missile israélien. Selon la presse israélienne, cette opération a été «synchronisée» -c’est l’expression utilisée par les commentateurs- avec celle menée au même moment dans les environs de Bagdad par les Américains contre Abou Moussab  al Zarkaoui, le représentant d’Oussama Ben Laden en Irak. Cette action aurait été menée en coopération avec les services secrets jordaniens. L’on sait que Zarkaoui appartenait à une famille palestinienne installée à Zarka dans le nord du Royaume hachémite, et qu’il aurait dans sa jeunesse participé à des tirs de katiouchot contre la localité israélienne de Kiriat Shmoneh. En frappant Abou Samanda, les Israéliens ont voulu éliminer l’homme choisi par le Premier ministre palestinien, Ismaïl Hanyeh, pour prendre la tête des milices armées constituées pour s’opposer aux forces de sécurité dépendant du président de l’Autorité palestinienne et composées de membres du Fatah.
La mort simultanée d’Abou Samanda et d’Abou  Moussab al Zarkaoui laisse accréditer l’idée que la lutte, à l’échelle mondiale, contre AI Qaïda et le Jihad islamique international est coordonnée par la CIA en liaison avec les services secrets jordaniens. Contre le Hamas, elle est le fait des Palestiniens de l’Autorité palestinienne et du Fatah, en compagnie des services secrets égyptiens voire même de représentants militaires israéliens. Une alliance destinée à impressionner, dans ce cas l’opinion palestinienne et qui pourrait aussi troubler celle-ci.

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