Une guerre de rhétorique

Après une semaine de crise entre l’Inde et le Pakistan, l’usage des armes est devenu l’outil quotidien de démonstration et d’intimidation militaire. La première entend démontrer qu’elle n’a pas peur du second et réciproquement. Les déclarations s’enchaînent alors entre appels à la « raison », menaces d’un conflit ouvert et interpellations de la communauté internationale. Puis vient l’essai nucléaire qui « ne doit pas être pris comme une provocation » au moment où les deux puissances voisines en évoquent l’utilisation dans le cadre… d’une guerre.
Une guerre que New Delhi présente comme une lutte contre le terrorisme soutenu par Islamabad, et qu’Islamabad justifie par le droit à l’autodétermination du Cachemire. Et si l’origine (l’attentat), l’évolution (l’escalade verbale, le déploiement des troupes et les échanges de tirs) sont identiques à la crise qui avait éclaté en décembre dernier, c’est – cette fois-ci – le Pakistan qui a sorti l’artillerie nucléaire pour effectuer deux essais samedi et dimanche.
Ces tests de missile balistique «technique» sont de même nature que celui que New Delhi avait réalisé le 25 janvier dernier. Sans y pouvoir répondre directement, New Delhi s’est donc contenté d’annoncer des frappes ponctuelles sur des « bases islamistes au Pakistan». «Pourquoi devrions-nous supporter ces actes de terrorisme et pour combien de temps, alors que le monde entier est uni contre le terrorisme et que les forces américaines sont en Afghanistan ?», a ainsi lancé le premier ministre indien Vajpayee dimanche. Le commissaire européen aux Affaires étrangères Chris Patten a aussi invité le président pakistanais à «couper le robinet terroriste». Et George W. Bush de demander à Pervez Musharraf de «mettre fin aux attaques au Cachemire indien de séparatistes venus du Pakistan». Ce à quoi le général a répondu dimanche, par le biais d’une interview au Washington Post, que c’était en fait l’Inde qui «soutenait le terrorisme au Pakistan», et qu’elle recourait à des menaces de guerre «pour (le) déstabiliser, (lui), (son) gouvernement et le Pakistan».
Le chef d’Etat russe a quant à lui appelé les deux protagonistes à se rencontrer lors d’une conférence prévue début juin au Kazakhstan. Le Pakistan y est favorable, son frère ennemi plus hésitant, même s’il déclare que de telles discussions bilatérales sont possibles, laissant ainsi une porte ouverte sur le dialogue. Sur le terrain, les échanges de tirs se multiplient le long de la ligne de contrôle entre les deux Cachemire.
Dans ce contexte, un nouveau ballet diplomatique va commencer avec tout d’abord la venue lundi du ministre britannique des affaires étrangères Jack Straw. Washington y enverra ensuite son secrétaire d’Etat adjoint, Richard Armitage. Si ces nouvelles initiatives de paix devaient échouer, personne n’écarte cependant la possiblité d’un quatrième conflit entre les deux puissances, voire même le recours à l’arme nucléaire.

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