Vague d’assassinats en Irak, le gouvernement craint une guerre civile

Au moins 80 corps, tués par balle, ont été transportés à la morgue de Bagdad depuis mercredi après-midi alors que 47 autres corps ont été découverts au sud de la capitale.
"Nous avons reçu depuis hier après-midi 80 corps, tous tués par balle. C’est le double de ce que nous recevons quotidiennement. Nous sommes totalement débordés", a déclaré jeudi à l’AFP le directeur adjoint de l’établissement, Dr Qaës Mohammad.

Peu après ces déclarations, un journaliste de l’AFP a vu arriver un nouveau pick-up avec deux corps ensanglantés à l’intérieur. Des familles chiites et sunnites attendaient la remise des corps de leurs proches.

"Mercredi, mon oncle Khalil Salama, 42 ans, sortaient après la prière de midi de la mosquée (sunnite) Rachidi, dont il est l’imam, dans le quartier de Boub al Cham", au nord-est de Bagdad, a raconté à l’AFP son neveu un agriculteur de 35 ans, Fallah Massoud.

"Quatre hommes, circulant à bord d’une voiture, ont ouvert le feu et mon oncle s’est effrondré mortellement blessé. Dans notre quartier mixte, il était aimé de tous", a-t-il ajouté avant de fondre en larmes en criant "Ces salauds l’ont tué".

Jeudi, un journaliste de l’AFP a assisté au rapt d’un sunnite dans le quartier de Moustansariyah, dans le centre de Bagdad.

Deux voitures ont bloqué la route et deux autres se sont garées en face d’une maison. Cinq personnes ont tiré sur la facade et cinq autre sont entrées chez Adnane Ahmad Abdallah, 70 ans, un commandant la police à la retraite, mais qui avait le malheur d’être originaire de Samara où sa famille s’occupe du mausolée.

"Ils ont d’abord cherché mes deux frères, dont l’un est commandant de police à l’aéroport et l’autre techncien au ministère de la Défense. Ils criaient à ma mère: +Où sont tes deux fils+ et elle leur a dit qu’ils n’étaient pas là", a raconté Alia, 22 ans.

"Ils ont alors pris mon père qui prenait son petit déjeuner et se sont enfuis", a-t-elle ajouté précisant que les raviseurs étaient vêtus de noir et agissaient à visage découvert.

Des exactions ont été commises dans le reste du pays. Un cheikh sunnite a été tué jeudi matin à Hilla, à 100 km au sud de Bagdad, alors qu’à Moussayeb, plus au sud, une mosquée a été brûlée, selon la police.

Un couvre-feu nocturne a été imposé à Bagdad et dans les régions situées au nord de la capitale où se trouve Samarra, de 20H00 à 06H00 (de 17H00 à 03H00 GMT) à partir de jeudi, selon un décret du ministère de l’Intérieur.

Les forces de sécurité irakiennes ont été placées en état d’alerte maximum.

Le chef de l’Etat irakien, Jalal Talabani, a convoqué jeudi matin les principaux chefs politiques pour prendre des mesures afin d’éviter un conflit onfessionnel.

"Le crime (contre le mausolée) vise à susciter la zizanie et la guerre civile en Irak (…) Les Takfiri (extrêmistes sunnites) et les Zarqaouis (chef d’al Qaëda en Irak) venus de l’exterieur cherchent à susciter cette guerre civile, mais nous devons les en empêcher", a-t-il dit à une délégation des chefs de tribus de Salaheddine, au nord de Bagdad.

Pour sa part, le grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, a appelé une nouvelle fois jeudi à l’unité des Irakiens et à rejeter le recours aux armes, selon un de ses représentants Mohammad Hakkani.

"L’aytollah Sistani oeuvre pour l’unité de l’Irak (…) dans toutes ses composantes et ses ethnies", a déclaré ce représentant au nom du haut dignitaire religieux.

"L’ayatollah Sistani et toutes les autres Marjaiya (référence religieuse) rejettent la division et tout ce qui peut mener aux (recours) aux armes", a dit ce représentant.

"La question n’est pas seulement de reconstruire le mausolée attaqué, nous voulons construire l’Irak, avec toutes ses composantes ethniques et religieuses", a-t-il ajouté.

Cependant, un dirigeant politique chiite, cheikh Mohammad al-Yaacoubi, a appelé la population à se rendre vendredi dans la ville sunnite de Samarra pour y prier. Il est l’un des dirigeants du Parti de la vertu, formation faisant partie du bloc de l’Alliance unifiée chiite.

Par ailleurs, onze détenus de différentes nationalités arabes ont été enlevés et assassinés à Bassorah, mercredi soir par un groupe armé.

Trois journalistes irakiens de la chaîne satellitaire arabe, al-Arabiya, basée à Dubaë, ont été enlevés mercredi au nord de Samarra (125 km au nord de Bagdad) et leurs corps retrouvés jeudi.

"Les corps de la présentatrice Atwar Bahjat, du cameraman Adnane Abdallah, et du preneur de son Khaled Mohsen ont été trouvés tôt ce matin à 15 km au nord de Samarra", a indiqué la police. Atwar Bahjat était arrivée mercredi en début d’après-midi à Samarra d’où elle avait fait deux directs sur l’attentat contre le mausolée.

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