Voyage à haut risque de Nicolas Sarkozy en Algérie

Voyage à haut risque de Nicolas Sarkozy en Algérie

De tous ses déplacements à l’étranger depuis son arrivée à l’Elysée, la visite que Nicolas Sarkozy effectue en Algérie est singulièrement placée sous le signe de la haute tension. Et de tous les présidents français que l’Algérie a reçus ces dernières années, Nicolas Sarkozy présente, de par son tempérament éruptif et son caractère volontariste, un profil à la fois original et dangereusement imprévisible. Beaucoup a été écrit sur la nature sanguine des relations entre la France et l’Algérie qui faisait du moindre contact entre les deux pays une occasion d’épanchements excessifs sur fond de comptes historiquement non réglés.
La visite de Nicolas Sarkozy en Algérie n’a pas échappé à ce contexte explosif. Au delà-du débat purement politique sur la «repentance» française, indispensable vue d’Alger, à toute «vraie» réconciliation entre les deux pays pour tourner la douloureuse page de la colonisation, sur la nécessité de « graver dans le marbre » l’amitié franco-algérienne, les préparatifs de cette visite ont buté, dès le début, sur des sujets de crispations extrêmement durs.
La première salve de tirs fut le maintien, pendant un certain temps, d’un véritable bras de fer autour de la venue du chanteur Enrico Macias avec le président Sarkozy. Le refus algérien n’était proportionnel dans sa détermination qu’à l’envie d’Enrico Macias de visiter sa ville natale, Constantine. Le chanteur français, juif algérien, qui était un des plus visibles soutiens people du candidat Sarkozy, dut jeter l’éponge et se plier humblement devant ce qui apparaît comme l’incontournable raison d’Etat. Sur ce sujet particulier, Nicolas Sarkozy a dû avaler sa salive et sa fierté de ne pas disposer de la liberté de choisir ses invités.
Mais le véritable feu d’artifice fut l’œuvre du ministre algérien des Moudjahidine (anciens combattants) Mohammed-Chérif Abbas lorsqu’il tire à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy : «Vous connaissez les origines du président de la France et vous savez quelles sont les parties qui l’ont amené au pouvoir» avant de s’en prendre ouvertement au «lobby juif (…) véritable architecte de l’ascension de Sarkozy au pouvoir».
Ces déclarations avaient failli être à l’origine d’une annulation spectaculaire de cette visite. L’opposition socialiste par la voix de Jean-Marc Ayrault, président du groupe parlementaire, avait surenchéri sur le ton : Nicolas Sarkozy ne pouvait pas «aller à Alger sans obtenir des excuses».
Y a-t-il eu une demande française d’excuses auprès des Algériens? Il n’empêche qu’en pleine tempête médiatique, le président algérien Abdelaziz Bouteflika s’est fondu d’un constat qui désavoue les propos de son ministre et ou il ressort que  «la politique extérieure de l’Algérie relève de son domaine réservé et de ses plénipotentiaires, dont le ministre des Affaires étrangères à l’exclusion de tout autre membre du gouvernement».
Pierre Moscovici, secrétaire national du Parti socialiste (PS) aux questions internationales , a été un des premiers à évaluer de manière pertinente la sortie du président algérien : «J’ai trouvé le démenti de Bouteflika mou (…) il n’a pas désavoué les propos (de son ministre) il n’a pas démenti ce ministre, il n’a pas viré ce ministre (…) Je pense que cette visite se déroule dans un climat malsain (…). Nicolas Sarkozy ne peut pas faire autrement que d’y aller mais j’imagine qu’il y va de très mauvaise humeur et je le comprends». Ce à quoi répond en écho les explications de Nicolas Sarkozy lui-même qui, tout en voulant clore l’incident, utilise une formulation qui en dit long sur la permanence de la crise et des malentendus : «J’ai eu longuement le président Bouteflika au téléphone. Il m’a indiqué – ce sont ses mots – que ce qui avait été dit ne reflétait en rien la position de l’Algérie (…) Je lui ai dit que je combattrai de toutes mes forces l’antisémitisme, l’islamophobie et toute forme de racisme. Je considère que l’incident est clos et j’irai en ami en Algérie». Un voyage à haut risque pour Nicolas Sarkozy où les mots et les gestes seront lourdement pesés. Le président français, si prompt à déclamer sa flamme, sera jugé sur sa capacité à gérer les déceptions algériennes ouvertement exhibées. Sa récente visite d’Etat au Maroc en sera la référence omniprésente et invisible.

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