Washington aurait surestimé la menace iranienne en Amérique latine

Les Etats-Unis paraissent avoir surestimé la menace que représente l’influence de l’Iran en Amérique Latine, décrite depuis des mois comme «inquiétante» par des responsables de l’administration, des élus du Congrès et des experts. Le porte-parole du département d’Etat, Ian Kelly, a dû démentir lundi sa propre secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, après des révélations embarrassantes du Washington Post sur l’absence totale de chantier de construction d’une ambassade d’Iran dans la capitale nicaraguayenne, évoquée en mai par Mme Clinton. «L’Iran est en train de construire une énorme ambassade à Managua», avait déclaré la chef de la diplomatie américaine. «On ne peut que deviner pourquoi», avait-elle ajouté, qualifiant les avancées diplomatiques de Téhéran en Amérique latine de «très inquiétantes». «Ce que nous pouvons dire aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de présence iranienne majeure au Nicaragua », a reconnu lundi M. Kelly au cours d’un point de presse.
Selon le Washington Post, non seulement ce grand chantier n’existe pas, mais les promesses d’investissements iraniens au Nicaragua, échangées lors de rencontres très publiques des présidents iranien Mahmoud Ahmadinejad et nicaraguayen Daniel Ortega, ne se sont jamais matérialisées. Pire, le journal cite un responsable de l’ambassade des Etats-Unis à Managua reconnaissant qu’il « n’y a pas d’ambassade iranienne en construction » dans la capitale.
Interrogé à ce sujet, M. Kelly a déclaré ignorer de qui Mme Clinton tenait ses informations. Mais sous le couvert de l’anonymat, un autre responsable du département d’Etat a indiqué qu’elles venaient d’un «homologue étranger» non identifié. L’influence de l’Iran dans l’arrière-cour des Etats-Unis est depuis plusieurs années une source d’inquiétude à Washington, notamment les liens entre M. Ahmadinejad et son homologue vénézuélien Hugo Chavez, bête noire des Etats-Unis. Un expert du centre de recherche conservateur American Enterprise Institute, Michael Rubin, s’inquiétait en mars 2008 des «ambitions mondiales de l’Iran», notamment en Amérique latine et en Afrique. Citant un « responsable occidental de la lutte antiterroriste» non identifié, le Los Angeles Times évoquait en août 2008 l’existence de camps d’entraînement au Venezuela du mouvement extrémiste libanais Hezbollah, financés par l’Iran. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, dénonçait en janvier dernier les «activités subversives » de l’Iran en Amérique latine.
En mai 2009, le journal israélien Haaretz citait un « rapport secret» du ministère israélien des Affaires étrangères affirmant que le Venezuela et la Bolivie, autre pays d’Amérique latine dirigé par un président anti-américain, fournissaient de l’uranium à l’Iran pour son programme nucléaire controversé. Un représentant républicain de Floride, Connie Mack, s’était ému de ces informations le mois dernier, se déclarant «très inquiet». Il avait précisé avoir longuement discuté de ce sujet au printemps avec Mme Clinton et d’autres élus. En privé, certains responsables américains reconnaissent que les révélations du Washington Post les ont fait réfléchir. Mais pour Eliot Engel, un élu démocrate de New York qui dirige le sous-comité chargé de l’Amérique latine à la Chambre des représentants, la menace est réelle. «Je suis soulagé qu’une grande ambassade iranienne puisse ne pas apparaître à Managua», a déclaré M. Engel à l’AFP. «Mais je reste profondément préoccupé par l’absence de contrôle des voyageurs iraniens arrivant au Nicaragua, les vols entre Téhéran et Caracas dont la liste des passagers et le chargement sont secrets, et les nombreuses informations sur le financement du Hezbollah en Amérique latine».

Sylvie Lanteaume
AFP

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