Washington menace, Baghdad temporise

Le Parlement irakien s’est réuni hier en session extraordinaire et à huis clos pour arrêter sa position concernant la résolution 1441 du Conseil de Sécurité de l’ONU sur le désarmement de l’Irak. Il doit soumettre ses conclusions au Conseil de Commandement de la Révolution (CCR), la plus haute instance dirigeante à Bagdad, présidée par Saddam Hussein. Une telle démarche semble surtout destinée à sauver la face du régime irakien, car le profil bas qu’il a adopté laissait présager un accord. Au point que Saoud Al-Fayçal, ministre saoudien des affaires étrangères s’est cru en mesure d’annoncer, dès samedi, à la veille de la réunion au Caire de la Ligue arabe, que l’Irak accepte la résolution.
Les vingt-deux membre de cette instance ont demandé à la fin de leurs travaux «la poursuite de la coopération entre l’ONU et l’Irak» et ont appelé les inspecteurs à «s’abstenir de tout acte de provocation». Les Etats arabes ont réitéré leur refus total d’une frappe contre l’Irak et demandé aux pays membres permanents du Conseil de Sécurité «qui ont fourni des assurances à la Syrie de respecter leurs engagements, impliquant que la résolution 1441 ne constitue pas un prétexte pour déclarer la guerre à l’Irak et ne stipule pas un recours automatique à l’action militaire». Ils demandent «la poursuite de la coopération entre Bagdad et l’ONU pour régler pacifiquement tous les problèmes en suspens, en prélude à une levée des sanctions imposées à l’Irak et de mettre fin à l’embargo qui lui est imposé». Les membres de la Ligue arabe demande aux équipes d’inspecteurs «d’accomplir leur mission avec professionnalisme et en toute impartialité et objectivité et de s’abstenir de tout acte de provocation, afin de garantir la crédibilité de leur travail». Le Conseil a également demandé la participation d’experts arabes dans les équipes d’inspection et exige que «l’ONU ne limite pas sa vigilance à l’Irak, tout en soustrayant Israël». La Ligue met l’accent sur le danger que constituent les armes israéliennes de destruction massive sur la sécurité nationale arabe et la sécurité internationale.
Washington continue de menacer l’Irak d’une intervention militaire à la moindre violation de ses obligations fixées par l’ONU. Les Etats-Unis «n’ont pas besoin de la permission des Nations Unies» pour agir le cas échéant en Irak, ne cesse de répéter la Maison blanche, qui se déclare sceptique quant à la volonté de Saddam Hussein de respecter la résolution 1441.
Dans ce contexte plein d’impondérables, la Ligue arabe insiste pour que Bagdad ne donne aucun prétexte à l’Administration Bush pour l’attaquer, en appliquant à la lettre et dans les temps les injonctions du Conseil de Sécurité.Il devra désormais, tout comme les Etats-Unis d’ailleurs, composer avec le Suédois Hans Blix, le chef des inspecteurs du désarmement, comptable de sa mission devant les instances internationales.
C’est sur lui que va reposer l’énorme responsabilité de juger si l’Irak coopère pleinement ou non. Mais, indépendamment des conclusions de cet homme, dont tout le monde salue l’honnêteté, la compétence et la responsabilité, c’est sur les épaules de Saddam Hussein que repose encore plus la responsabilité du choix entre la guerre et la paix. Que fera-t-il maintenant que les vrais problèmes vont commencer ? C’est une question de fond, car ou bien il jouera le jeu parcequ’il aura compris qu’il risque gros, ou bien il se lancera tête baissée, une fois de plus, dans le traquenard que lui a dressé Bush.

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