Washington veut Al-Shaiba

Les enquêteurs pakistanais et américains ont fini d’interroger Ramzi Al-Shaiba, «qui va être extradé après en avoir terminé avec les formalités officielles», a confirmé lundi le ministre pakistanais de l’Intérieur.
Avant de partir, les accusés «doivent d’abord comparaître devant un magistrat et s’il est satisfait par les aspects légaux, l’extradition peut intervenir», a expliqué le responsable. Moinhuddin Haider a également déclaré que son pays ne détenait pas d’autre suspect de grande envergure d’Al Qaïda, contrairement aux informations annoncées samedi et dimanche, notamment par le président Musharraf. Sur les douze hommes soupçonnés de lien avec le réseau et interpellés la semaine dernière à Karachi, au sud du Pakistan, «aucun (excepté Al-Shaiba) n’est mentionné dans la liste des terroristes recherchés. Ce sont en fait des gardes de Ramzi qui sont de nationalité yéménite», a ajouté le ministre. Ce lundi, M. Haider a aussi rappelé que selon la juridiction internationale, son pays était «tenu de remettre les suspects aux pays qui les recherchent », autrement dit aux Etats-Unis dans ce cas précis, étant donné que l’Allemagne a retiré sa demande. Samedi, le ministre de l’Intérieur allemand Otto Schily avait pourtant réclamé l’extradition de Al-Shaiba, compte tenu du mandat d’arrêt international lancé par son pays à l’encontre du terroriste. La requête de Washington est finalement devenue «prioritaire» même si Berlin, comme les autres pays abolitionnistes, s’est toujours refusée à livrer aux Américains un détenu passible de la peine capitale. Il s’agit aujourd’hui d’une «offre de justice et de solidarité à l’égard des Etats-Unis» dans leur lutte contre le terrorisme.
Les autorités américaines soupçonnent ce Yéménite de 30 ans d’avoir voulu se joindre aux pirates de l’air auteurs des attaques contre le WTC et le Pentagone. «C’est un assez gros poisson. Il appartient peut-être au cercle des responsables du 11 septembre», avait ainsi confirmé dimanche le secrétaire d’Etat américain Colin Powell sur CNN. Ramzi Ben Al-Shaïba est aussi soupçonné d’avoir été un membre-clé de la cellule allemande d’Al Qaïda. Il aurait partagé à Hambourg un appartement avec Mohamed Atta, chef présumé des commandos kamikazes. Originaire de la région montagneuse d’Hadramaout au Yémen, Al-Shaïba a grandi dans la petite ville d’Amad, berceau du clan Ben Laden. Il y a fait des études brillantes dans des établissements laïcs, avant de décrocher une bourse universitaire pour l’Allemagne. Selon son frère aîné, Ahmed, Al-Shaïba était une personne «très amicale, surtout avec les enfants, et il aimait jouer au football».
Dès 1996, selon les autorités américaines, il faisait pourtant partie de la cellule allemande d’Al Qaïda avec les futurs kamikazes Mohamed Atta, Marouan al-Shehhi et Ziad Jarrah. Al-Shaïba et ses compères se sont rendus en Afghanistan en novembre 1999 pour revenir en Allemagne à l’été 2000. Cette année-là, le Yéménite a déposé quatre demandes de visa pour les Etats-Unis, toutes rejetées. C’est à ce moment qu’il aurait décidé de se reconvertir en financier pour ses complices installés sur le sol américain. Il aurait notamment envoyé de l’argent à Zacarias Moussaoui, envoyé sur place après que le Marocain Zakariya Essabar avait, lui, été interdit de visa.
En janvier 2001, Al-Shaïba s’est rendu avec Atta à Berlin, puis en Espagne, avant d’aller en Malaisie en juin 2001 et se rendre en Afghanistan via l’Iran… Puis le Pakistan, où il a été interpellé un an plus tard. Le Yéménite était-il aussi en relation avec ses cinq compatriotes arrêtés vendredi près de Buffalo, dans l’Etat de New York ?
L’interpellation de ces derniers, suivie de celle d’un sixième membre de cette cellule à Bahreïn, identifié sous le nom de Mukhtar al-Bakri, est elle aussi le résultat d’une enquête qui a duré plus d’un an et qui a été ouverte suite à des informations faisant état d’un séjour des cinq hommes en Afghanistan. Tous avaient suivi un entraînement militaire durant le printemps et l’été 2001 dans un camp près de Kandahar, l’ancien fief Taliban, tout comme John Walker Lindh, le «Taliban américain».

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