Yémen : Ali Abdellah Saleh multiplie les gestes d’apaisement

Yémen : Ali Abdellah Saleh multiplie les gestes d’apaisement

Le président du Yémen Ali Abdallah Saleh a multiplié les gestes d’apaisement face à une révolte de la rue qui ne se calme pas, pour éviter le même sort que celui de deux de ses pairs arabes chassés du pouvoir. Jeudi, de nouveaux contestataires, dont des dizaine de femmes, sont venus grossir les rangs de manifestants qui campent depuis quatre jours devant l’Université de Sanaa, réclamant la chute du régime de M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. «Nous attendons avec impatience la chute du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, pour que les médias portent leur attention sur le Yémen et que Ali Abdallah Saleh parte à son tour», a déclaré l’un des protestataires, Hachem al-Ibara. Parmi les gestes d’apaisement, M. Saleh a donné «des directives aux services de sécurité pour empêcher les heurts et prévenir tout affrontement direct entre protestataires pro et antigouvernementaux», appelant à «protéger les droits des citoyens à se rassembler pacifiquement», selon l’agence officielle Saba. Il a en outre multiplié les ouvertures à l’égard de l’opposition qui s’est jointe aux manifestants, répétant à plusieurs reprises depuis le début de la semaine son appel à entamer un dialogue national. Comme il s’est rétracté après avoir déclaré lundi qu’il ne partirait «que par les urnes». Dans une mise au point publiée par les médias officiels, M. Saleh a assuré mercredi qu’il «ne se présenterait pas à un nouveau mandat» à l’expiration du sien en 2013. Ces gestes ont été annoncés après la mort mardi soir de deux manifestants dans l’attaque de leur sit-in par des partisans du pouvoir, portant à au moins 15 le bilan des morts dans la répression de la contestation depuis le 16 février. Aucun incident n’a été signalé à Sanaa depuis ces morts. Les forces de sécurité ont érigé un poste de contrôle à l’entrée de la place où se déroule le sit-in et gardaient à l’écart les partisans du parti présidentiel, selon un correspondant de l’AFP sur place. L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty international a appelé le président yéménite à cesser de réprimer ses opposants auxquels il devrait «permettre de se rassembler et de protester pacifiquement». Selon elle, les morts à Sanaa indiquait que «les tactiques maladroites utilisées par les forces de sécurité dans le sud du Yémen sont de plus en plus employées» dans le reste du pays. A Aden, la principale ville du sud où 12 personnes ont été tuées dans la répression de la contestation, les autorités ont décidé de ne plus employer les balles réelles pour disperser les manifestants, selon un responsable local. Des manifestations se sont déroulées dans les différents quartiers d’Aden mercredi soir sans être dispersées, selon un correspondant de l’AFP sur place. La répression des manifestants et surtout les scènes de violence quotidienne dans les rues de Sanaa, où des partisans du Congrès Populaire Général (CPG, au pouvoir) se sont acharnés la semaine dernière à coups de hache et de poignards sur les opposants, ont poussé onze députés du CPG à présenter leur démission. Dans une lettre ouverte au président, 28 députés du CPG, dont les onze démissionnaires, l’ont appelé à adopter une série de mesures «afin de faire sortir le pays de la crise». Parmi les mesures proposées figurent «l’appel à un dialogue national n’excluant aucune partie dans un délai d’une semaine» et le limogeage de responsables des forces de sécurité. M. Saleh, un allié des Etats-Unis dans la lutte contre Al Qaïda, est depuis 1978 à la tête du Yémen, l’un des pays arabes les plus pauvres avec un taux de chômage estimé à 15% et un PIB par habitant de 1.118 dollars par an.

  Hammoud Mounassar (AFP)

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