Abderrahim Atmoun : «Jamais le contact n’a été rompu entre Rabat et Paris»

Abderrahim Atmoun : «Jamais le contact n’a été rompu entre Rabat et Paris»

ALM : Comment le dialogue est-il institutionnalisé au sein de la commission mixte Maroc-UE, dont vous êtes à la tête ?
 

Abderrahim Atmoun : Il est globalement institutionnalisé de façon très positive. D’une part, parce que la voix du Maroc est mieux entendue au Parlement européen, parce qu’elle est directement portée dans les centres de décision tels que les hémicycles ou les «couloirs», à Strasbourg comme à Bruxelles. D’autre part, parce que le travail accompli par nos parlementaires, représentant le peuple marocain et nos collectivités locales dont ils sont souvent issus, est reconnu par une majorité de nos pairs européens. Ils voient dans l’institutionnalisation de ce dialogue au sein de cette instance mixte le meilleur processus pour l’amélioration de notre compréhension mutuelle. Cela a été particulièrement le cas sur les dossiers réputés les plus sensibles pour les deux parties et qui donnaient lieu, jusqu’à la création de notre commission, à un travail de sape de la part de nos opposants sans qu’aucune contradiction éclairée ne leur soit opposée de l’intérieur. Tel fut notre travail sur des sujets aussi variés que l’accord de pêche, la promotion de la position marocaine sur le dossier du Sahara, l’économie du savoir, la politique énergétique, la sécurité transfrontalière, la lutte contre le terrorisme…
 
Les relations entre le Maroc et la France se sont à nouveau apaisées après un froid qui a duré plus d’une année… Quelle lecture faites-vous de cette réconciliation ?

La relation entre le Maroc et la France, de par son caractère historique et la densité des échanges de toute nature qui existent entre nos deux pays, ne peut être durablement altérée, même marginalement, dans l’intérêt bien compris des deux parties. SM le Roi Mohammed VI a récemment rencontré le président de la République française à Paris pour officialiser en quelque sorte le retour à la normale de notre relation bilatérale qui conserve ainsi son caractère tout à fait exceptionnel. Diverses visites ministérielles ont été organisées avant et après cette rencontre au plus haut niveau pour renouveler notre coopération et partager nos orientations stratégiques sur tous les sujets du moment intéressant nos deux diplomaties. Jamais le contact n’a été rompu entre Paris et Rabat. Les incompréhensions passagères ont été levées grâce à un dialogue soutenu, riche et constant. Je n’ai aucun doute sur le présent et l’avenir d’une relation fondée sur le respect mutuel entre deux Etats qui entretiennent des liens uniques et remarquables.
 
Parlez nous un peu de la question du Sahara marocain. Que représente-t-elle dans votre diplomatie ?

C’est la priorité des priorités de notre diplomatie et une attente forte du peuple marocain. La proposition marocaine d’autonomie fait désormais l’objet d’une large adhésion de la communauté internationale qui la soutient. La résolution durable de cette question est une des conditions majeures pour résorber les zones de non-droit qui tendent à s’installer dans cette région, base arrière de nombreux trafics et autres entreprises criminelles. Les parties concernées doivent se mettre autour de la table et ne pas chercher à remettre à demain une solution qui s’impose à tous comme la plus légitime. Le Maroc œuvre sans relâche à cette fin. Au niveau de la commission mixte, le sujet est régulièrement abordé et fait l’objet d’un consensus favorable à la position marocaine.
 
Et votre plan d’action à court terme en ce qui concerne les liens entre Rabat et Bruxelles ?

Le travail en profondeur des binômes sur chaque dossier va se poursuivre car il nourrit la réflexion et influence le processus de décision, notamment sur les questions de réforme politique, mais aussi sur les sujets économiques et financiers. Les travaux de ces binômes seront restitués en juin 2105 à Bruxelles. La nouveauté cette année sera l’organisation de 4 forums interparlementaires à l’initiative de notre commission. Le premier sera consacré aux jeunes parlementaires de toutes sensibilités avec pour objectif de mieux comprendre la réalité de l’état de l’Union européenne et du Royaume du Maroc pour favoriser une meilleure compréhension mutuelle dans la durée et intensifier les échanges.
 
Ce premier forum c’est en quelque sorte votre «pari sur l’avenir» ?

Exactement ! Le second forum, quant à lui, réunira le Parti populaire européen et les partis marocains se réclamant du même courant de pensée tels que le PAM, le RNI, l’Istiqlal, l’UC… comme nous l’avions fait en 2014 avec le courant social démocrate qui constitue la seconde force au Parlement européen. Un troisième forum sera consacré au dialogue entre femmes parlementaires, eurodéputées et parlementaires marocaines qui apporteront un autre regard sur les échanges entre nos deux régions. Enfin, un dernier forum sera organisé par les deux co-présidents de la CPM, Pier-Antonio Panzeri et moi-même, sur le thème malheureusement très actuel de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. Ces occasions d’échanges et de travail en commun sont essentielles car elles débouchent souvent sur des recommandations qui sont mises en œuvre par nos gouvernements respectifs. Elles doivent donc être encouragées.
 
Quel rôle tient aujourd’hui la diplomatie parlementaire dans tous ces échanges ?

Dès lors que notre Souverain, dans un discours d’ouverture de l’une de nos sessions, exhorte les parlementaires à se mobiliser pour devenir acteurs de la diplomatie dont il définit lui-même les grandes orientations, cela donne la plus grande des légitimités à notre action au plan international. Indéniablement, à travers ses représentants les plus actifs, notre Parlement est devenu l’un des acteurs les plus importants de l’influence marocaine à l’étranger. La diplomatie parlementaire et celle officielle doivent être complémentaires autour d’objectifs communs qui sont ceux de notre Etat souverain.
 
Comment faire pour «booster» davantage cette diplomatie ?

Je pense qu’il serait peut-être utile aujourd’hui d’apporter une formation à un groupe de parlementaires de sensibilités différentes, sur la base du volontariat. Une spécialisation thématique et/ou territoriale pourrait être envisagée dans ce cadre. Cela permettrait d’optimiser leur travail de terrain et de faire remonter l’information recherchée de la façon la plus adaptée. De ce point de vue, ce groupe pourrait s’appuyer sur un ou deux collaborateurs aguerris à un travail d’analyse, de mise en perspective et au final de mise en forme.

Car même si les parlementaires peuvent être pertinents sur la scène internationale, ils ne doivent pas perdre de vue que la politique intérieure reste la principale raison d’être de leur mandat. C’est d’ailleurs parce qu’ils seront performants en politique intérieure qu’ils seront de bons relais pour leur pays au plan international. Je pense que l’intensification de la coopération interparlementaire permettra également de «booster » cette diplomatie à laquelle je suis tant attaché, au service de mon pays.

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