Anouar Zyne: «Le jeunisme n’est pas valable partout, surtout pas en politique»

Anouar Zyne: «Le jeunisme n’est pas valable partout, surtout pas en politique»

ALM : L’Union constitutionnelle tient ce vendredi son congrès national et vous êtes secrétaire général de la jeunesse de ce parti, quel bilan faites-vous des deux ans de votre mandat ?
 

Anouar Zyne : C’est toujours délicat de faire son propre bilan, mais globalement, en moins de deux ans, l’Organisation de la jeunesse constitutionnelle (OJC) est passée, grâce au travail de son bureau national et de ses militants, d’une structure fantomatique à un vrai catalyseur d’énergie et de talents à travers le Maroc. Sur un plan chiffré, l’OJC est passée de quasiment aucune antenne territoriale à près de 100 sections sur les plans régional, provincial, local et même au niveau des quartiers à travers les clubs OJC.

L’OJC dispose de secrétaires régionaux élus dans les 12 régions du pays. Elle compte entre adhérents, militants et sympathisants près de 3.000 membres, âgés de moins de 40 ans. Ce sont plus de 8.000 heures de formation dispensées en près de 2 ans. L’OJC préside la Fédération marocaine des jeunes libéraux, nouveau pôle de jeunesse qui compte dans ses membres fondateurs la jeunesse MP, les jeunes du RNI, et l’association AJA. L’OJC est membre de l’Instance nationale des jeunes et de la démocratie, qui regroupe toutes les jeunesses partisanes du pays.

Si vous êtes élu secrétaire général du parti, quel sera votre plan d’action ?

Ce sera de mettre en œuvre les résolutions votées par le conseil national du parti lors du prochain congrès. Cette mise en œuvre se fera en concertation avec les membres du bureau politique, du conseil de présidence, et de la commission administrative, qui seront élus lors du même congrès. Je crois dans le travail d’équipe et de groupe. Seul, on ne peut pas changer le monde, mais on peut inspirer ce changement. À travers les consultations menées durant ma campagne «Le changement possible», j’ai touché une réelle volonté des militants, à l’unanimité, de donner un nouveau souffle à l’UC.

Le parti a 32 ans d’existence, a participé à la gestion des affaires publiques au gouvernement pendant près de 10 ans, et se retrouve dans l’opposition parlementaire depuis 17 ans. Il se doit de revisiter son positionnement idéologique, pour assumer entièrement son choix du libéralisme, aussi bien sur les valeurs de société que sur le plan économique. Sur bien des sujets posés par la Constitution de 2011, comme l’identité plurielle, les libertés individuelles, le statut de la famille, particulièrement les questions de la femme et de l’enfance, le droit à la vie, l’égalité, la lutte contre le terrorisme, l’appartenance à la nation… la voix du parti doit se faire entendre plus clairement. Ensuite, il y a un réel travail de structuration à compléter au niveau des régions, les 12, des provinces, et des communes. Le parti doit s’insérer davantage dans le tissu social, à travers des permanences ouvertes toute l’année, et actives socialement dans des activités d’animation sociale et d’assistance à la citoyenneté.

Comptez-vous participer aux prochaines élections ? Et quelles seront les grandes lignes de votre campagne électorale ?

Un parti responsable a vocation, naturellement, à participer aux prochaines élections. Actuellement, avec les partis de l’opposition, nous essayons de raisonner le gouvernement sur le déroulement des prochaines échéances, qui doit rester dans le même cadre consensuel qui a prévalu avant le référendum constitutionnel, et qui doit marquer tout ce premier mandat post-2011. Nous sommes en fin de transition démocratique et à l’aube de l’exercice d’une vraie alternance aux responsabilités, avec tout ce que la démocratie suppose comme mécanismes d’actions et de régulation du champ politique.

Les Marocaines et les Marocains s’intéressent à la chose publique, mais boudent, en majorité, les partis politiques, par déception ou par manque d’attractivité du personnel politique. Le pays jouit d’une stabilité unique dans la région et permet une liberté d’expression inédite dans la sphère publique. À présent, il faut transformer le sentiment de colère, de dégoût, de reproche, que cultivent plusieurs de nos concitoyens, souvent à raison, parfois à tort, en un vrai acte de participation.  

En tant que patron de la jeunesse, que proposez-vous pour remédier à la défiance qu’ont les jeunes vis-à-vis des politiques ?

Parler simple. Le personnel politique a souvent recours, par mimétisme ou par condition importée, de l’Orient comme de l’Occident, à un métalangage souvent inaccessible. Vous voyez, c’est ce que je viens de faire à l’instant (rires…). Le personnel politique gagnerait à ne pas trop se prendre au sérieux, sans pour autant tomber dans la dérision totale. Les politiques ne sont pas des gens simples, les jeunes non plus. Le plafond de verre doit être brisé de part et d’autre. Les uns doivent renoncer à l’idée qu’un jeune est là pour remplir les salles et applaudir. Les autres doivent mettre de côté l’idée du «tous pourris». Les partis sont appelés à laisser faire la «nature», par l’émergence de vrais acteurs issus de la société, sans forcément chercher des garanties de quelque nature que ce soit, surtout pas la filiation familiale et tribale, ou la loyauté aveugle et aveuglante…

Comment évaluez-vous le travail de l’actuel gouvernement ?

Il y a, à mon sens, une incompatibilité d’humeur, d’action et une incohérence patente dans l’action du gouvernement. C’est clairement une formation de cohabitation, où les acteurs jouent dans la même équipe, mais ne portent pas le même maillot. Seules des décisions de souveraineté économique, le plus souvent dictées par le FMI et la Banque mondiale, prennent du sens. La bonne exécution de ces mesures est, en tout fair-play, à saluer. Mais dans le domaine de l’économie réelle, de la croissance et de l’emploi, il n’y a ni résultat ni visibilité. Après, il faut être de mauvaise foi pour s’approprier la stabilité, la lutte contre le terrorisme, le rayonnement diplomatique en Afrique et dans le monde, la sécurité, la baisse du prix du baril de pétrole ou les précipitations pluviales comme étant des réalisations propres au gouvernement.

Concrètement, quelle alternative présentez-vous pour la société marocaine, vous les jeunes qui ne cessez de critiquer la gestion des précédents gouvernements ?

Il n’y a pas que de la critique dans la gestion des précédents gouvernements. Il y a des acquis qu’il faut reconnaître à l’action de tous les gouvernements qui se sont succédé dans la responsabilité publique depuis l’indépendance du Maroc, y compris auxquels l’UC a participé. La démocratie marocaine, du moins la transition, n’est pas née le 25 novembre 2011. SM le Roi Mohammed VI a rappelé dans l’un de ses discours «l’héritage sain et positif légué par les précédents gouvernements».

Maintenant, le contexte et le cadre institutionnel, depuis juillet 2011, sont inédits et plaident pour un jeu plus ouvert dans le champ politique, moins régulé, et plus «naturel». Nous avons les bonnes institutions, certainement les meilleures, mais à présent, ce sont des femmes et des hommes qui doivent faire fonctionner ces institutions, et que les partis politiques doivent recruter, préparer et fournir comme «personnel politique».

Il ne s’agit pas de verser dans l’idée d’un mouvement alternatif, comme dans l’art par exemple. Le jeunisme n’est pas valable partout, surtout pas en politique. Le Maroc est dans le bon sens. Il s’agit de participer à la dynamique, améliorer le rythme et, surtout, avoir confiance en l’avenir et l’inspirer, par la charge de la preuve. C’est cela l’essence du «changement possible».

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