Benchamach : «Ils veulent gérer le parti en dehors des instances élues»

Benchamach : «Ils veulent gérer le parti en dehors des instances élues»

Entretien avec le secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM)

Dans cette interview,  le secrétaire général du Parti authenticité et modernité revient sur la crise qui secoue son parti depuis de longues semaines et des origines de ce malaise.

ALM: Tout récemment, un communiqué a été rendu public par le bureau fédéral et les des sections régionales. Quelle est votre position par rapport au contenu de ce communiqué ?

Hakim Benchamach : Il convient tout d’abord de clarifier qu’il ne s’agit pas d’un communiqué du bureau fédéral dont j’assure la présidence. Il s’agit d’une correspondance qui émane de certains membres du bureau fédéral dont la quasi-totalité ne sont plus membres du bureau fédéral, soit parce que leur mandat de coordonnateurs régionaux est arrivé à terme ou leur proposition de nomination au bureau fédéral n’a pas été approuvée. Les propos des vices de forme signalés par les supposés signataires relatifs à la tenue de la réunion du bureau fédéral du dimanche 2 juin 2019 ont été démentis par un communiqué publié sur notre site web. Cette réunion a été organisée en conformité totale avec les dispositions de l’article 56 de notre règlement intérieur et un communiqué a été publié sur notre site web officiel faisant foi de convocation et précisant l’ordre du jour de cette réunion. Cette réunion s’inscrit dans le cadre du fonctionnement ordinaire des instances de notre parti et constitue une opportunité de débat sur la situation interne et les perspectives d’avenir dont entre autres la tenue de notre 4ème congrès national.

Depuis plusieurs semaines, voire des mois, les observateurs de la vie partisane assistent à une guerre de communiqués au sein du PAM presque quotidiennement. Comment expliquez-vous une telle situation ?

Il ne s’agit pas d’une guerre de communiqués car seules les instances officielles du parti ont la qualité d’éditer des communiqués au nom du PAM. Les déclarations faites par les 13 signataires de l’appel de l’avenir expriment des positions et des points de vue de ces derniers sur la crise que vit aujourd’hui notre parti.

Êtes-vous d’accord avec ceux qui parlent d’une direction bicéphale au PAM ?

J’avais senti depuis l’accord du 5 janvier 2019 que certaines personnes étaient animées par la volonté de diriger le parti en dehors des institutions et instances élues démocratiquement. J’ai accepté ce que l’on peut qualifier de direction bicéphale à travers la délégation de certaines responsabilités dans un souci de préserver l’unité et la cohésion du parti et en pensant qu’on sera dans un exercice de mutualisation des intelligences pour aller de l’avant. J’ai réalisé par la suite qu’ils étaient sciemment installés dans une logique putschiste et dans une démarche préméditée de «cambriolage» des institutions du parti. C’est la raison qui m’a amené à mettre fin à toutes ces délégations et à cette bicéphalie institutionnelle stérile.

Au-delà de ce qui est présenté dans les communiqués officiels, pouvez-vous nous éclairer plus sur les raisons profondes de cette crise ?

Je tiens à rappeler la chronologie de cette crise qui a démarré au lendemain de mon élection, dans une session extraordinaire du conseil national, à la tête du parti pour succéder à M. Ilyass El Omari, démissionnaire, et assurer le fonctionnement du parti jusqu’à la tenue de notre quatrième congrès national prévu en janvier 2020. Suivi, deux mois après, par l’élection des membres du bureau politique élus via les urnes par un corps électoral de plus 1.000 membres formant le conseil national. Certaines personnes, pour la plupart signataires de l’appel de l’avenir, ont contesté l’élection de certains membres du bureau politique. Leurs recours ont été adressés et examinés par la commission d’éthique et arbitrage qui a rendu son verdict en faveur des candidats élus. C’est le facteur déclencheur de la crise qui a pris d’autres dimensions allant jusqu’à exercer des pressions sur le secrétaire général du parti pour avancer la date du congrès et partager certaines de mes prérogatives avec eux. Par souci de maintien de l’unité et de la cohésion du parti et animé par la volonté de dépasser cette crise, j’ai accepté le fameux accord du 5 janvier 2019, malgré la réticence de plusieurs membres du bureau politique, par lequel j’ai délégué la vice-présidence du bureau politique à M. Ahmed Akhchichene et la présidence du bureau fédéral à M. Mohammed Hamouti avec comme suppléants M. Samir Koudar et M. Ahmed Ghayate. J’ai également accepté par cet accord d’avancer la date du congrès. 

Mais cette mesure n’a pas apaisé les tensions…

Ce partage de responsabilité avait dans mon esprit comme objectif d’absorber cette crise reposant au fond sur des ambitions démesurées et illégitimes et des égos surdimensionnés de certaines personnes qui veulent diriger le parti à la place de ceux et celles qui on été élus de façon démocratique pour se servir et non pas servir le parti. En conformité avec cet accord, nous avons procédé lors de la dernière édition du conseil national à la constitution de la commission préparatoire de notre congrès conformément aux dispositions de notre règlement intérieur et sur la base d’une décision consensuelle du conseil national relative à la définition de la composition de ladite commission. Lors de la réunion du samedi 18 mai 2019 qui était censée élire le président et le bureau de cette commission préparatoire, le chaos était tel que j’ai été contraint de lever la séance et d’annoncer un report de la commission préparatoire à une date ultérieure. Dès le début de la séance, j’ai eu à constater la colère de plusieurs membres de la commission préparatoire qui s’indignaient de l’entrée en salle avec force de personnes qui n’étaient pas membres de la commission. Face à l’impossibilité d’organiser une opération sereine de vote du président de la commission et des présidents des sous-commissions,  j’ai proposé à l’assistance de se mettre d’accord sur un candidat unique de consensus.

Quelle a été la prochaine étape ?

Une commission restreinte ad hoc a été constituée séance tenante et s’est réunie pour formuler des propositions relatives à la présidence et à la vice-présidence de la commission préparatoire. Les propositions de cette commission n’ont pas fait l’unanimité des membres de la commission ce qui rendait le passage au vote obligatoire.
La commission s’est engagée, avant l’organisation de l’opération de vote, dans un débat sur la nature et les conditions de vote qui s’est soldé par un échec et qui a abouti à des débordements rendant impossible la poursuite des travaux de la commission, ce qui m’a contraint à lever la séance et annoncer le report de la tenue de la commission à une date ultérieure. L’enregistrement vidéo publié atteste de façon irréfutable de ces dérapages. En violation aux dispositions de notre règlement intérieur et défiant toute éthique politique, M. Mohammed Hamouti, président par délégation du bureau fédéral, s’est permis d’ouvrir une nouvelle séance et M. Samir Koudar s’est autoproclamé président de la commission. Appelée à statuer sur le déroulement de la réunion de la commission préparatoire, la commission d’éthique et d’arbitrage a attesté dans son rapport préliminaire de l’invalidité de l’élection de M. Samir Koudar comme président de la commission préparatoire et a enregistré avec regret l’absence de conditions objectives et saines pour procéder à l’élection du président du comité préparatoire. La commission a également annoncé sa ferme intention d’ouvrir une enquête sur cette élection afin de déterminer les responsabilités et de prendre les mesures qui s’imposent.

Vos détracteurs vous présentent souvent dans leur communication comme étant un président autocratique qui prend des décisions unilatérales sans en référer aux instances… Que répondez-vous pour votre défense ?

Je suis devenu dans les déclarations des détracteurs qui sont les 13 signataires de l’appel de l’avenir «un secrétaire général autocratique» quand j’ai décidé, après avoir compris les véritables raisons de leurs agissements, de ne plus céder à leurs chantages, caprices et pressions et d’appliquer en légaliste que je suis les dispositions de notre statut et règlement intérieur et de m’acquitter en tant que secrétaire général de toutes les missions et prérogatives qui me sont dévolues par les règlements de notre parti. C’est dans ce cadre-là que j’ai mis fin à la délégation que j’ai faite à M. Ahmed Akhchichene comme vice-secrétaire général et à la délégation que j’ai procurée à M. Mohammed Hamouti pour diriger le bureau fédéral, deux fonctions qui n’existent pas dans notre règlement intérieur et qui résultent du fameux accord du 5 janvier.

Certains sympathisants et même des militants du PAM s’inquiètent aujourd’hui d’un risque d’implosion à cause de cette lutte fratricide. Qu’avez-vous à leur dire pour les rassurer ?

Je suis de ceux qui pensent que les crises peuvent être transformées en des opportunités de renaissance si on sait les gouverner. La lutte qu’on mène aujourd’hui avec l’ensemble des fondateurs du PAM et la majorité écrasante des militantes et militants de notre parti est juste. Elle vise l’assainissement de notre parti des pratiques d’opportunisme, de rente, de médiocrité politique, de mensonges, de populisme, de corruption et des égos démesurés. Elle ambitionne l’inauguration d’un agir politique démocratique, respectueux de la légalité des institutions et des règlements, engagé dans la moralisation de la pratique partisane et résolument orientée au service des citoyens. Je suis certain que les Pamistes qui ont su dépasser de précédentes crises plus virulentes ont l’intelligence collective nécessaire pour vaincre cette crise et en sortir encore plus forts et plus déterminés à gagner le pari de faire la politique autrement.

Depuis l’éclatement de cette bataille, avez-vous fait quelques tentatives de réconciliation à travers le dialogue? Si oui, pour quel résultat ?

J’ai été depuis le commencement dans une démarche de dialogue et de concessions pour préserver l’unité et la cohésion du parti et je demeure ouvert à toute initiative sérieuse et bien intentionnée d’absorption de cette crise mais avec un maître mot: le respect des institutions et des lois et règlements, la poursuite du processus de moralisation et l’application stricte du principe de la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes.

Avez-vous un message à adresser à vos détracteurs au sein du parti ?

L’avenir appartient à ceux qui croient en leurs rêves. Je rêve, avec les Pamistes, de faire de notre PAM un parti moderne, démocrate, efficace et efficient résolument engagé au service des grandes causes de notre patrie et des citoyens marocains et je suis certain qu’on va gagner ce challenge.

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