Cette frange de la population a déserté les urnes: Une jeunesse désespérée

Cette frange de la population a déserté les urnes: Une jeunesse désespérée

Certains jeunes reprochent aux partis politiques de ne pas tenir leurs promesses.

Il est 11 h au lycée Jaber Ben Hayan à Casablanca. Les bureaux de vote sont ouverts depuis trois heures, mais l’affluence des électeurs est encore très timide. Selon la responsable d’un bureau de vote, c’est la même tendance qu’il y a 5 ans. «Les électeurs préfèrent attendre l’après-midi pour venir voter après la prière et le couscous du vendredi. Cela dit, à l’ouverture des bureaux, les gens sont arrivés massivement». Par contre à l’école El Moutanabby, les électeurs ont été plus nombreux. «Un pic d’affluence a été observé de 8 h à 10 h puis de 12h à 13 h», révèlent les observateurs. C’est la même tendance au collège et lycée Halima. Les électeurs sont arrivés en masse vers 12h50 juste avant la prière. 

En visitant les trois établissements, nous avons pu constater que la majorité des électeurs est âgée de 40 ans et plus et de personnes âgées. C’est le cas de Mohammed, âgé de 70 ans, qui ne cache pas sa joie en sortant du bureau de vote au lycée Jaber Ben Hayan. «J’espère que le parti pour lequel j’ai voté sera gagnant. Je pense sincèrement que l’avenir du Maroc sera meilleur». Un sentiment qui est loin d’être partagé par Mustapha N., septuagénaire et écrivain, qui par curiosité est venu s’enquérir de la situation. «Pour ne rien vous cacher, je n’ai jamais voté. J’estime que notre système politique doit changer radicalement. La gouvernance doit être démocratique par le biais d’un référendum». 

Les femmes ont aussi été nombreuses à se déplacer. Fatima, la trentaine, diplômée et sans emploi, attend beaucoup de ces élections. «Le gouvernement n’a pas fait grand-chose surtout dans les secteurs de la santé, l’éducation et au niveau du marché du travail. J’espère que les choses vont changer et que des mesures concrètes dans les secteurs clés seront prises, sinon ce sera la catastrophe».

Les jeunes, «grands absents»   

Depuis notre arrivée au lycée Jaber Ben Hayan jusqu’à 12h15, moins d’une dizaine de jeunes sont venus voter.

Les grands absents de ces élections ont été les jeunes. Ceux de moins de trente ans ont déserté les bureaux de vote et ont exprimé leur choix à travers l’abstentionnisme.

Qu’est-ce qui explique l’abstention de cette frange de la population qui représente pourtant le Maroc de demain ?

Pour essayer de comprendre, nous avons interrogé plusieurs jeunes contrôleurs dont la mission est de veiller au bon déroulement du scrutin. «Les jeunes ne font plus confiance aux partis politiques. Ils estiment que les promesses n’ont jamais été tenues», déplorent-ils. Pour en savoir un peu plus, nous avons également interrogé de jeunes électeurs. Leur discours est pour le moins pessimiste. C’est le cas de Mehdi, un jeune étudiant à l’OFPPT. «J’ai accompli mon devoir de citoyen mais je pense que ces élections ne changeront rien». Pour Réda, licencié au chômage, le véritable problème c’est le marché du travail. «Y en a marre des contrats Anapec qui tuent le marché de l’emploi. Il y a deux ans, j’ai intégré une société et au bout de 3 mois, je me suis retrouvé à la porte. Depuis, j’enchaîne des petits boulots à droite et à gauche dans l’informel», confie le jeune homme tout en déplorant l’absence d’initiatives prises par le gouvernement pour booster le marché du travail. Pour sa part, Samir, un jeune électeur, dénonce la corruption électorale. «La pratique est monnaie courante dans les quartiers populaires à Casablanca. Dans mon quartier, des partis politiques ont offert 400, voire 500 DH aux électeurs», confie-t-il  avant de poursuivre : «Avec de telles pratiques comment voulez-vous que les jeunes aillent aux urnes !». 

A l’école El Moutanabby, des jeunes mécontents pointent du doigt les programmes des partis politiques. Othmane, un jeune électeur de 23 ans, ne croit plus au changement. «Depuis mon plus jeune âge à aujourd’hui, c’est toujours le même discours. Nous voulons que les choses changent de manière concrète. Les partis politiques doivent arrêter de nous mentir».

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