Danièle Sassou Nguessou : «De nombreux pays africains n’ont pas encore intégré la dimension genre dans leurs politiques»

Danièle Sassou Nguessou : «De nombreux pays africains n’ont pas encore intégré la dimension genre dans leurs politiques»

Danièle Sassou Nguessou, présidente de la Fondation Sounga au Congo

Nous continuons d’attribuer aux femmes le rôle d’épouse et de mère de famille. En dehors du cycle familial, elles sont quasiment inexistantes dans des sphères politiques, sociales, culturelles,…

ALM : Dans votre intervention à une table ronde programmée dans le cadre des MEDays 2019, vous avez indiqué que malgré les initiatives menées par certains pays africains, l’Afrique est en retard en matière de parité. Comment expliquez-vous cela?

Danièle Sassou Nguessou : Nous constatons que l’inégalité entre les femmes et les hommes demeure préoccupante. Car de nombreux pays africains n’ont pas encore intégré la dimension genre au sein de leurs différentes politiques publiques. Le retard de ces pays en matière de parité constitue un véritable frein à leur développement. Les rapports menés par les organisations internationales démontrent que ce retard leur occasionne un manque à gagner de 6% de leur PIB.

Pourquoi la discrimination continue-t-elle de perdurer en Afrique ?

Généralement, nous vivons dans des sociétés dominées par des cultures patriarcales empêchant de donner la voix aux femmes. Ce qui constitue un obstacle pour la promotion de leur rôle au profit de la croissance. Nous continuons donc d’attribuer aux femmes le rôle d’épouse et de mère de famille. En dehors du cycle familial, elles sont quasiment inexistantes dans des sphères politiques, sociales, culturelles,… Il faut donc rendre aux femmes leurs lettres de noblesse en vue de leur faciliter l’accès aux postes de décision dans la vie politique, économique et sociale. Il n’empêche de mentionner certaines avancées des pays en Afrique, tels que l’Ouganda et le Sénégal, où la représentativité des femmes à l’Assemblée est respectivement de 57 et 40%. Je crois que le Maroc a pu connaître une belle avancée du code de la famille et constitue une référence en la matière pour les autres pays africains.

Pourquoi les femmes africaines sont-elles défavorisées par rapport à l’accès à l’emploi ?

Il faut penser à mettre en place des lois pour l’égalité professionnelle entre les deux sexes en Afrique. Car malgré leur niveau d’enseignement et les diplômes obtenus de grandes écoles, les femmes africaines trouvent encore beaucoup de difficultés à trouver un emploi. Elles sont plus rentables au travail, mais ne sont pas équitablement rémunérées. Je crois qu’il faut arrêter de parler entre femmes sur ce sujet et inviter l’homme à intégrer nos discussions et l’informer et le sensibiliser sur les formes de discrimination dont les femmes sont victimes au travail et ailleurs.

Quels sont, en tant que militante féministe et représentante de la société civile, les moyens pour faire entendre les voix des femmes ?

Nous devons multiplier nos actions de sensibilisation pour favoriser l’égalité homme-femme sur le terrain. Notre objectif au sein de la fondation Sounga est d’aller à la rencontre des femmes congolaises en difficultés et de les accompagner dans leur marche vers l’égalité. Et en tant que présidente de cette fondation, je viens d’écrire un livre sur le genre et le développement en République du Congo.

Si le respect de l’égalité homme-femme est une nécessité juridique longtemps considérée comme une lubie féministe, il se trouve que la parité est indispensable pour notre pays tant son incidence sur le développement est importante.

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