Maroc – Pays-Bas : Ça se corse !

Maroc – Pays-Bas : Ça se corse !

Aujjar reporte sa visite en Hollande en protestation contre l’ingérence de ce pays dans le dossier du Rif

L’annonce de ce report intervient quelques jours seulement après les vives protestations exprimées par le chef de la diplomatie auprès de son homologue néerlandais à New York en marge de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Les relations maroco-néerlandaises traversent une véritable zone de turbulences depuis quelques semaines. Après une réunion houleuse entre le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita et son homologue hollandais, la visite du ministre de la justice aux Pays-Bas a été reportée sine die. Contacté par ALM, Mohamed Aujjar, ministre de tutelle, confirme l’information. «Ma visite a été effectivement reportée en guise de protestation», a indiqué le ministre. Ce dernier devait notamment rencontrer le chef de la diplomatie hollandaise, le ministre de la sécurité, la présidente du Parlement ainsi que le Collège des procureurs. Une source au sein du ministère a expliqué à ALM qu’il était inacceptable qu’un pays étranger s’immisce dans les affaires internes du paus d’autant plus que la justice marocaine est totalement indépendante du gouvernement.

L’ingérence du gouvernement de ce pays dans les affaires internes du Maroc est à l’origine du coup de gueule des responsables. La réaction ferme du Maroc après le report de la visite du ministre de la justice confirme le climat de tension qui existe entre les deux Royaumes depuis quelques temp déjà. L’annonce de ce report intervient ainsi quelques jours seulement après les vives protestations exprimées par le chef de la diplomatie auprès de son homologue néerlandais à New York en marge de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Bourita avait, en effet, réitéré lors d’une réunion avec Steve Block le rejet catégorique des interférences des Pays-Bas au sujet des événements dans le Rif.

Le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale a remis une lettre de réponse relative au rapport de Steve Block adressé au parlement néerlandais. À cet égard, M. Bourita a souligné que cet acte ne saurait être accepté par le Royaume du Maroc, constitue une prise de position négative flagrante à l’endroit du Royaume et comporte des contrevérités certaines, des termes inadaptés, des appréciations erronées des faits et des réflexions inappropriées. M. Bourita a dénoncé la singularité de cette démarche, aussi bien dans la forme que dans le contenu, martelant qu’elle tranche nettement avec les règles de respect mutuel entre États souverains et va à l’encontre de l’esprit de coopération entre les deux pays dans plusieurs domaines. Le ministre a réaffirmé, si besoin est, que le Maroc n’a de leçon à recevoir de personne et que le Royaume a su imprégner et donner une force à ses institutions, lesquelles constituent le socle et les garantes de sa stabilité.

Ce n’est pas la première fois que le Maroc manifeste son mécontentement et son rejet catégorique des agissements des responsables hollandais. Il y a quelques mois, Bourita avait critiqué une remarque de Block. Les faits remontent au mois d’avril dernier lorsque le chef de la diplomatie des Pays-Bas était en visite au Maroc. Suite à sa remarque sur le dossier du Rif, Bourita lui a répliqué au cours d’un point de presse que «le Maroc n’a pas de leçons à recevoir ni de discussions à avoir à ce sujet» et que le pays dispose «des structures, des lois et des institutions lui permettant de garantir à tous ses citoyens la liberté d’expression et de manifestation».

Convocation de l’ambassadeur

La tension dans les relations bilatérales entre les deux Royaumes avait conduit le Maroc à convoquer l’ambassadeur hollandais. Les faits remontent à quelques semaines lorsque les services de la diplomatie marocaine convoquent l’ambassadrice hollandaise à Rabat, Désirée Bonis pour lui signifier que «les propos sur le Rif tenus par Steve Block, chef de la diplomatie des Pays-Bas, sont incompris et inacceptables et ne cadrent pas avec le partenariat entre les deux Etats».

Il a été également rappelé à l’ambassadrice que le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale avait déjà expliqué à son homologue néerlandais, à l’occasion de sa visite à Rabat en avril, que les événements au Rif sont «une question interne et ne doivent pas faire l’objet d’une ingérence étrangère». Il faut préciser que la convocation d’un ambassadeur par le gouvernement d’un pays est l’une des formes les plus symboliques pour exprimer les protestations au sujet d’une action ou dossier donné.

Affaire Chaou

En plus du dossier du Rif, les deux Royaumes ont des divergences sur certaines affaires, notamment celle liée à Said Chaou. Soupçonné d’être un trafiquant de drogue, l’ancien parlementaire avait fui le Maroc pour s’établir aux Pays-Bas.

En 2017, le Maroc a ainsi fait la demande officielle aux autorités hollandaises pour l’extradition de Chaou, accusé notamment de constitution d’association de malfaiteurs, homicide volontaire, délits de corruption, trafic international de stupéfiants.

Cependant, la justice néerlandaise s’y était opposée en février dernier. Rabat avait pourtant fourni les garanties d’un procès équitable. Depuis cette date, le Maroc a décidé de poursuivre ses efforts pour l’aboutissement de la procédure d’extradition de Said Chaou par les Pays-Bas, en vue de permettre à la justice marocaine de le juger pour les actes criminels graves pour lesquels il est poursuivi.

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