Miloud Belkadi: «Les syndicats ont du mal à s’adapter»

Miloud Belkadi: «Les syndicats ont du mal  à s’adapter»

Trois questions à Miloud Belkadi, politologue

ALM : Pourquoi les syndicats ont-ils du mal à mobiliser les foules ?

Miloud Belkadi : Je pense que les syndicats souffrent des mêmes maux que les partis politiques. Il y a une certaine perte de crédibilité auprès des masses qui fait que l’impact des syndicats n’est plus ce qu’il était auparavant. Cette situation est bien évidemment le résultat de plusieurs facteurs. Il faut signaler tout d’abord que les syndicats ont du mal à s’adapter aux changements à l’échelle nationale et mondiale. Ensuite, une bonne partie des dirigeants syndicaux appartient à une élite traditionnelle.
Il y a lieu de signaler par ailleurs que les organisations syndicales sont restées, pour la plupart, prisonnières d’un schéma où les tâches principales consistent à organiser des actions de protestation et à lancer des appels à la grève. Or, les syndicats au niveau international sont devenus plutôt des intermédiaires afin de rapprocher les points de vue entre salariés, ouvriers et employeurs.

Y a-t-il des similitudes avec les partis politiques ?

La crise des syndicats ressemble beaucoup à celle des partis politiques. Nous connaissons au Maroc un véritable foisonnement de syndicats qui dépassent actuellement la quarantaine. Pourtant, seulement quatre ont pu dépasser le seuil dans les dernières élections professionnelles afin d’assurer une représentativité au sein de la deuxième Chambre parlementaire. Il faut également évoquer une situation plutôt paradoxale que nous vivons actuellement. Tous les syndicats forts et structurés appartiennent ou sont proches de partis politiques se trouvant dans l’opposition. Dans la majorité gouvernementale, c’est tout à fait le contraire puisque aucun parti de la majorité n’a de solides appuis dans le milieu syndical mis à part le Parti de la justice et du développement, proche de l’Union marocaine du travail au Maroc (UNTM).

Quelles explications faut-il donner à la prédominance de délégués sans appartenance syndicale ?

Il s’agit d’un phénomène très répandu chez nous et qui mérite d’être étudié. Je pense que de nombreuses personnes préfèrent se présenter aux élections professionnelles parce qu’elles n’ont pas confiance dans les syndicats où la gestion des candidatures pour un scrutin n’obéirait pas nécessairement à des règles transparentes. Mais attention, cela ne veut pas dire que les syndicats n’ont pas un rôle à jouer. Les syndicats comme les partis politiques sont essentiels pour une démocratie. Les syndicats doivent aujourd’hui s’adapter aux besoins et attentes des masses.

Mohamed Badrane

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