Qui sont nos élus ?

Qui sont nos élus ?

Plus de dix jours après les élections, alors que les présidents des régions et ceux des communes sont maintenant connus, l’un des aspects de ce scrutin reste toujours à explorer, celui du profil de nos élus.

Quel pourcentage représentent les femmes ? Quel niveau d’instruction ont-ils ? Ou encore, que représentent les différentes tranches d’âge parmi eux ? Tout d’abord, en ce qui concerne les élus communaux, selon les statistiques du ministère de l’intérieur, le premier constat qui ressort des résultats des élections est une balance hommes-femmes très déséquilibrée.

Les femmes représentent, en effet, un peu plus de 21% des conseillers communaux, contre plus de 78% d’hommes. Cette tendance est plus ou moins la même sur l’ensemble du territoire national, si ce n’est quelques légères disparités entre les régions. Il semblerait, par exemple, que plus on se dirige vers le Sud et plus le nombre de femmes augmente dans les conseils communaux. La région la plus au sud du Royaume, celle de Dakhla-Oued Eddahab, est ainsi celle où les femmes sont les plus présentes. Elles représentent un peu plus de 26% des élus communaux. Le taux reste élevé par rapport à la moyenne nationale dans le reste des provinces du Sud, avec 25% dans la région de Laâyoune-Sakia Al Hamra et 24,97% dans la région de Guelmim-Oued Noun. Dans des régions comme celles de Casablanca-Settat, ou Rabat-Salé-Kenitra, ce taux ne dépasse pas les 20%.

Une autre question avait longtemps été au centre du débat électoral, celle du niveau d’instruction des élus communaux. Aujourd’hui, on se retrouve avec seulement 26% de conseillers communaux qui ont un niveau d’enseignement supérieur, tandis que 30% ont un niveau secondaire, 29% ont un niveau primaire et 15% n’ont aucun niveau d’enseignement. Cela veut tout simplement dire que plus d’un élu communal sur six n’a jamais été à l’école.

Dans certaines régions, le constat est encore plus inquiétant. A Marrakech-Safi, près du quart des élus (24,81%) n’ont aucun niveau d’éducation. La région de Dakhla-Oued Eddahab est, en revanche, une exception dans ce sens puisque le taux d’élus sans instruction n’y dépasse pas 1,83%.

Une lueur d’espoir, cependant, dans la foule de chiffres présentés par le ministère de l’intérieur, celle du taux de jeunes élus dans les communes. Ceux-ci (moins de 35 ans) représentent, ainsi, 20% des élus, contre 29,22% qui ont entre 35 et 45 ans, 27,38% qui ont entre 45 et 55 ans et 23,46% qui ont plus de 55 ans.

La situation est différente du côté des conseils régionaux. Globalement, on y retrouve plus de femmes, moins de jeunes et des élus plus instruits. Les femmes représentent, en effet, plus du tiers des conseillers régionaux (37,61%), contre un peu plus de 62% d’hommes. En ce qui concerne les tranches d’âge élues, il s’agit, à hauteur de 10,32%, de jeunes de moins de 35 ans. Les 35-45 ans représentent 23,16%, les 45-55 ans représentent 39%, tandis que les plus de 55 ans sont représentés à hauteur de 27,43%.

L’avancée réelle vient, toutefois, du niveau d’instruction des élus régionaux. Contrairement à ceux des communes, les conseillers régionaux disposent, pour la majorité (près de 68% d’entre eux) d’un niveau d’enseignement supérieur. Le reste se partage entre 23,64% qui ont un niveau d’enseignement secondaire, 6,49% qui ont un niveau d’enseignement primaire et une catégorie quasi inexistante (1%) qui n’a aucun niveau d’enseignement.
 

La question épineuse du niveau d’instruction des élus

Pour être président d’une commune ou d’une région au Maroc, il faut avoir un certificat d’études primaires. Faut-il imposer, au lieu de cela, le baccalauréat au risque d’exclure une large partie de la population ? La question n’a cessé d’animer le milieu politique national, d’autant plus que le Maroc a entamé cette année un marathon électoral qui a commencé avec les élections professionnelles en août dernier et qui ne finira qu’avec les Législatives de 2016.

Lors d’un débat entre des représentants de la majorité et de l’opposition en décembre 2014, les partis avaient exprimé des positions divergentes sur la question. Soufiane Khairat de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) avait, par exemple, défendu l’imposition du baccalauréat comme niveau d’instruction minimal pour les présidents des conseils des régions et des collectivités locales. Rachid Talbi Alami du Rassemblement national des indépendants (RNI) avait, lui, repoussé ce type de propositions. «Au Maroc, près de 40% de la population est analphabète, de quel droit allons-nous priver cette catégorie de personnes d’intégrer les institutions représentatives ?», avait-il déclaré.

Cette différence entre les points de vue était également visible lorsque la commission de l’intérieur de la Chambre des représentants avait décidé d’examiner la question en avril dernier. Entre des élus qui demandaient la suppression de la condition du niveau scolaire qu’ils jugent anticonstitutionnelle, et d’autres qui souhaitent relever ce niveau au baccalauréat, la commission n’a finalement pas pu trancher la question.
Rappelons que cette condition s’applique uniquement pour les présidences des communes et des régions, aucun niveau d’instruction n’est imposé aux conseillers régionaux et communaux.

Fès-Meknès et Guelmim-Oued Noun, championnes nationales

La région de Fès-Meknès est celle où le taux d’élus ayant un niveau d’instruction supérieur est le plus élevé au Maroc. La région avec le moins d’élus disposant d’un niveau d’enseignement supérieur est celle de Marrakech-Safi (19%). La région de Guelmim-Oued Noun comprend, elle, le plus grand nombre de jeunes (moins de 35 ans) élus. Celle avec le taux le plus bas de jeunes est, en revanche, la région de Casablanca-Settat avec 15,13%.

 

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