Agadir : A la recherche de la baraka de «Sidi l’haj M’barek»

De tout temps, le phénomène des marabouts a constitué un terrain où cohabite le sacré et le profane. Homme de vertu pour les uns et descendants de familles de "Chourafa" pour les autres, les marabouts occupent  une place prédominante dans la société marocaine, et plus précisément auprès des femmes. De" Sidi Boulknadel" qui accueille les visiteurs à l’entrée de la ville d’Agadir à "Sidi L’haj Said", allant jusqu’à "Sidi l’haj M’barek" à Inezgane, la région regorge de marabouts. Les lieux ne désemplissent jamais quelle que soit la saison. Une marrée de pèlerins à prédominance féminine entoure les marabouts cherchant à trouver la baraka (la bénédiction) du « Ouali Salih ».
À quelques kilomètres de la ville d’Agadir se trouve "Sidi l’haj M’barek", l’un des marabouts les plus visités d’Inezgane. Dans un petit jardin entouré de remparts prend place la pièce où repose le saint homme. Les femmes, assises sur le sol couvert de minces nattes, récitent, à voix basse, leurs prières. Alors que celles qui viennent d’accéder à la pièce se pressent d’ôter leurs sandales pour se diriger vers le tombeau couvert d’un tissu vert qu’elle embrassent avant de rejoindre les autres.
Chaque geste semble fait dans la précision et le respect. Chacune des femmes est absorbée complètement comme si elles entraient dans un univers à part. Dans cette pièce où brûle l’encens envahissant les lieux, certaines femmes s’endorment carrément le temps d’oublier momentanément leur douleur et pourquoi pas faire un rêve de délivrance magique, car si elles sont ici, c’est pour dénouer leur crise émotionnelle ou de santé. «Je suis mariée, depuis des années, et je n’arrive pas à avoir d’enfants. J’ai visité plusieurs médecins, mais en vain. Ma famille m’a conseillé de visiter ce Ouali salih pour implorer sa bénédiction », confie Fatima, qui prend une pause avant de se concentrer sur ses prières et sur le rituel qu’elle doit accomplir pour tomber enceinte.
Elle prend le grand caillot déposé sur le sol, le touche délicatement avant de le mettre sur son ventre. Ce processus est censé représenter une nouvelle grossesse pour Fatima. Une prière qu’elle ne cesse de répéter en couplet, avec toujours ce caillot serré contre son ventre.
Mais le désir d’avoir un enfant n’est pas l’unique raison des visites qu’effectuent quotidiennement ces femmes, ici. Les traits tirés, le visage pâle, une autre femme, sexagénaire, fait le tour du tombeau, prie, embrasse le tissu vert à plusieurs reprises et implore le seigneur pour qui lui accorde la baraka de «Sidi l’haj M’barek». Elle s’installe, ensuite, à côté des femmes et leur confie son mal en chuchotant : «Je suis malade, je n’arrive plus à dormir la nuit… On dirait que je suis habitée par un djin (diable)».
Dans cette recherche de la bénédiction, même les nouveau-nés ne sont guère épargnés.  «Quand un bébé naît dans notre famille, nous organisons une petite fête où l’on convie les membres de la famille à venir ici. Cette fête est célébrée sur le site d’un Ouali où nous égorgeons un mouton et nous offrons au bébé sa première coupe de cheveux », explique Ahmed, un habitué des lieux, venu de Tadart.  Mais à la recherche d’un bébé précède celle du mari. Chaque vendredi, des dizaines de femmes font leur pèlerinage sur ce site. Un rituel s’impose aux unes et autres : se laver sur place à l’eau du puits de ce "Ouali". Cette eau a pour objectif de purifier le corps et l’esprit et d’empêcher le mauvais sort, "tabaa", de barrer le chemin de la jeune fille pour trouver un prétendant.

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